Les Béliers (2013) : fraîcheur à Tou.tv

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Nouvelle websérie diffusée sur Tou.tv depuis mars, Les Béliers a été réalisé par François Blouin et le scénario est de Kadidja Haïdara, diplômée de l’Institut national de l’image et du son (INIS) et récipiendaire de la Bourse d’écriture Tou.tv[1]. Dans chaque épisode d’une durée de 10 à 15 minutes, on suit les péripéties de Joe, Chuck et Hakim, des étudiants au cégep de Baker, qui font partie de l’équipe de football collégial du même nom. Durant la série, on les verra se préparer en vue du Bol d’Or et évoluer dans leur vie personnelle alors qu’ils essaient tant bien que mal de combiner ce sport, aux filles, au travail, aux fêtes et aux études. La série se démarque à maints égards du téléroman québécois traditionnel et nous offre une incursion au sein d’un groupe qui a peu été exploité jusqu’ici. Narration très originale, il faut ce pendant s’habituer au rythme très court des épisodes, caractéristique des webséries. Néanmoins, le tout se tient très bien et on peut souhaiter davantage de séries du même type, qui offrent un regard novateur sur le Québec avec un point de vue unique en son genre.

L’anti-téléroman

Depuis longtemps, les téléromans québécois rassemblent une très grande quantité de téléspectateurs devant le petit écran. Cependant, on a quelques fois l’impression que leurs formules restent très conservatrices et que les risques quant à leurs contenus sont minimes, le tout en grande partie attribuable à la pression des commanditaires[2]. Ces émissions s’adressent généralement à une clientèle plus âgée, dont l’habitude d’ouvrir le téléviseur à l’heure de diffusion est fortement ancrée, alors que les webséries sont conçues pour s’adapter à des plateformes comme les téléphones intelligents, largement utilisés par un groupe d’âge inférieur.

C’est en ce sens que Les Béliers vient briser le moule, à commencer par sa structure narrative. Puisqu’il s’agit d’une saison de dix épisodes d’une courte durée, on a pu se permettre par exemple d’effectuer le tournage en automne, ce qui donne un caractère plus réaliste (en effet, l’été est surreprésenté dans nos séries, à croire qu’il n’y a qu’une saison au Québec!) et en plus, l’action de déroule ailleurs qu’à Montréal; fait presque rare. Étant donné que le budget de la websérie est moindre qu’un téléroman standard, on a pu se permettre de tourner le tout dans des lieux déjà existants, dont le collège St-Jean-Vianney[3] et non montés de toutes pièces dans des studios, ce qui est évidemment plus réaliste. Enfin, c’est toute la distribution qui est une bouffée de fraîcheur puisque la plupart des comédiens principaux sont méconnus du grand public et tiennent très bien leur rôle. Là encore, la frilosité des producteurs n’est pas prise en compte, en raison brièveté de la série et un budget moindre.

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L’homme de demain?

Dans ma critique sur la série Papa a raison diffusée sur Historia, j’exprimais ma frustration quant à la représentation de l’homme dans les séries et films québécois. Tantôt irresponsable, tantôt carrément stupide, l’image était peu reluisante. Il en est tout autrement dans les Béliers qui évite de tomber dans ces genres de stéréotypes. Joe par exemple, est un être qui se prend en main. S’il n’est pas en train de s’entraîner, il est au travail ou aux études, se laissant rarement aller à la fainéantise. Chuck, qui aime un peu trop les fêtes et les filles parviendra à conserver une bonne moyenne et après s’être blessé au poignet dans un accident stupide, il participera tout de même à la finale. Quant à Hakim, qui est de nature renfermée, il s’ouvrira au cours des épisodes à ses coéquipiers et la relation qu’il entretient avec sa mère est touchante. Ces exemples démontrent bien évidemment une solidarité masculine, laquelle n’est pas assez présente dans les téléromans québécois. Les joueurs, bien qu’ils commettent quelques impairs, restent avant tout soudés grâce à l’équipe.  Ils n’ont pas besoin de jouer les fiers-à-bras et leurs rapports avec les filles sont d’égal à égal. La série est d’autant plus crédible puisque l’auteure elle-même a évolué dans cet univers[4].

Un mot sur la mise en scène. On ne peut passer sous silence l’excellente musique accompagnant les Béliers. Elle est issue de la collaboration entre François Lafontaine (du groupe Karkwa) et Simon Landry (Secret Sun). Voici comment ce dernier décrit le résultat de leur travail commun : « Je dirais qu’il est à la fois introspectif et héroïque ou encore brave et sensible! ». Ces qualificatifs résument à eux seuls la série. On y voit évoluer ces « héros locaux » qui sont la fierté de la ville, mais ceux-ci restent des adolescents avec leurs craintes, aspirations et questionnements.

En conclusion, les Béliers est une websérie fort divertissante et toute québécoise dans son contenu : musique, personnages issus de différentes origines ethniques, tournages dans des lieux réels et dialogues crus et usants d’anglicismes, mais jamais à outrance. Si pour ce format de divertissement, on est davantage habitué à des sketchs ou des comédies, les tranches de vie parfois drôles, parfois douloureuses que l’on retrouve ici fonctionnent et nous fait espérer une seconde saison.

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2 réflexions sur “Les Béliers (2013) : fraîcheur à Tou.tv

  1. Émission très originale, les comédiens interprètent bien leur rôle. Que dire , de voir différentes ethniques dans une série Québecoise. Bravo et j’espère revoir la saison 2.

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