Un monde sans fin (2012) : le dernier souffle de la féodalité

Un monde sans fin est une coproduction entre l’Allemagne et le Canada qui a été diffusée en 2012 sur les ondes de Showcase Canada et sur AddikTV au Québec au début 2013. La série est adaptée du roman de Ken Follett dont l’œuvre précédente, Les Piliers de la Terre, a aussi été adaptée pour la télévision en 2010. Un monde sans fin débute en 1327 dans la ville de Kingsbridge avec en toile de fond la guerre de Cent Ans initiée par la reine mère Isabelle et son fils Édouard III d’Angleterre. Alors que les impôts sont augmentés pour financer les troupes royales, la ville éprouve de vives tensions en raison de la tension toujours croissante entre paysans, membres du clergé et grands seigneurs. La série, fidèle à la première, est une œuvre épique rassemblant complots, énigmes et rebondissements plus grands que nature, tout en nous offrant une recréation soignée d’une époque assez méconnue tant elle est lointaine.

Les mêmes thèmes, une recette gagnante

Bien que l’on situe dans une autre période de l’histoire de l’Angleterre, on retrouve les mêmes thèmes centraux dans Un monde sans fin qui ont fait le succès des Piliers de la terre. Pensons par exemple aux prétentions des monarques sur d’autres couronnes qui viennent chambouler la vie de tous, à un clergé imbu de son pouvoir qui maintient une population en otage en invoquant Dieu pour justifier tous ses outrages et enfin à des histoires d’amour compliquées, quelques fois à l’eau de rose, mais qui parviennent à émouvoir le téléspectateur. Dans les Piliers, tout tournait autour de la construction d’une cathédrale à Kingsbridge qui voyait finalement le jour. Dans Un monde sans fin, on veut d’abord construire un plus grand pont afin de faciliter le commerce de la ville avec d’autres, mais ce projet sera avorté en raison de la guerre de succession avec la France. On veut ensuite construire un hospice pour venir en aide aux blessés ainsi que donner du travail aux paysans sur les terres de celui-ci, mais l’infâme prieur Godwyn, par toutes sortes de machinations, parviendra à réduire à néant les espoirs de la principale intéressée, sa cousine Caris.

Un monde sans fin est une série de seulement huit épisodes disposant d’un budget de 46 millions $. Donc, en plus d’avoir droit à une reconstitution très crédible du Moyen-Âge,  le rythme accéléré des intrigues (sur une période de plus de 35 ans) ne nous laisse pas une seconde de répit. Les personnages sont aussi hauts en couleur. Pensons entre autres à Pétronia[1], la mère de Gowdyn et du seigneur Ralph qui n’hésite pas à empoisonner tous ceux qui veulent contrecarrer ses plans et qui sera le mauvais génie de ses deux fils, les conduisant tous deux à leur perte. Le mystère entourant la véritable identité de Thomas Langley, qui vient d’on ne sait où et qui se convertira à la prêtrise, laissera le téléspectateur pantois lors du dernier épisode. Enfin, comme je l’ai dit plus haut, on ne peu passer sous silence la rivalité entre le prieur Godwyn  et Caris (une jeune fille de marchand, passionnée de médecine moderne et qui devra devenir religieuse afin d’échapper à des accusations de sorcellerie) qui forme le noyau de la série. On peut accuser les personnages de la série de manquer de nuance; d’être noir ou blanc, reste qu’ils sont à l’image de la religion de l’époque, où Dieu et le démon s’affrontent. On est soit avec l’un, soit avec l’autre. D’ailleurs, la conclusion de Un monde sans fin nous laisse perplexe et nous ramène à son titre. Sans en révéler les faits saillants, on comprend qu’une guerre a peut-être été gagnée, mais que les luttes entre le bien et le mal sont immortelles et que tout sera toujours à recommencer.

La magie de l’écran

Les épisodes 5 et 6 intitulés respectivement Les pions et La tour ont particulièrement capté mon attention, ne serait-ce que pour la représentation grandiose de l’Histoire à travers l’écran. Dans Les pions, Caris et une autre sœur prennent le risque de s’aventurer en France afin d’obtenir du roi (alors en guerre) une autorisation écrite de bâtir un hospice à Kingsbridge. Cet élément du scénario se révèle bien secondaire puisque l’épisode est d’abord centré sur la représentation d’un combat faisant partie de la guerre de Cent Ans. La même chose se reproduit lors de l’épisode suivant lorsque Caris est de retour au bercail. La Peste noire qui sévissait en Europe a gagné l’Angleterre et Kingsbridge. Ici, la trame narrative est un prétexte pour représenter les ravages de l’épidémie sur une population.

Ces deux épisodes sont des tableaux représentants des événements historiques majeurs. La Peste noire a ravagé entre 30 et 50 % de la population de toute l’Europe sur une période d’environ cinq ans seulement[2] et la guerre de succession s’est échelonnée sur plus d’un siècle. Ces événements appartiennent à des temps si lointains, qu’il est impossible d’en mesurer leur ampleur. En faisant référence au film Perceval le Gallois (Éric Rohmer, 1978) qui se déroule au Moyen-Âge, l’auteur Rémi Besson écrit sur le genre historique : « (…) le référent est moins la période Moyen Âge, que les représentations contemporaine de cette période. Si le film n’est clairement pas historique dans la mesure où on entendrait par histoire, le récit des faits passés, il est tout aussi clairement  historique si on considère que faire de l’histoire c’est aussi étudier les représentations scripturales et visuelles issues du passées[3] ». En ce sens, Un monde sans fin parvient à rendre plus concrète notre vision de l’Histoire et de la misère humaine à cette époque.

Bien qu’il soit fréquent d’affirmer qu’Édouard II (père d’Édouard III), après avoir été déposé, soit mort assassiné par nul autre que l’amant de la reine Isabelle, certains historiens contestent cette version. Notons, entre autres, Ian Mortimer, qui prétend que le roi est mort en 1341 en Italie[4] et Alison Weir qui croit que le monarque est parvenu à s’échapper et qu’il a fini ses jours en exil[5]. Un monde sans fin s’inspire justement de ces avis divergents pour mousser son scénario et parvient à instaurer le doute chez le spectateur. À ce stade, la série s’inscrit dans la fiction et il est important de faire la part des choses.

En terminant, Un monde sans fin est un incontournable pour tous les amateurs de fresques historiques et ceux qui ont aimé Les piliers de la terre. La série mélange plusieurs genres (drame, action, romance, suspens, etc.) qui permettent d’attirer une large audience. Les moyens impressionnants dont dispose la série parviennent à reconstituer une période qui rend hommage à l’Histoire. En espérant une suite le plus tôt possible!

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