Golden Boy (2013): de l’ambition, vraiment?

Golden Boy est une nouvelle série diffusée depuis la fin février sur les ondes de CBS aux États-Unis et CTV au Canada. Celle-ci débute alors que le policier Walter Clark sauve la vie d’un otage et tente de ranimer un collègue qui a été blessé par balle. Le drame ayant été filmé, il est vite devenu populaire et promu au rang de détective dans le département des homicides (à sa propre demande) Au cours des prochains épisodes, on peut suivre les enquêtes auxquelles il a contribué en compagnie de son associé Don Owen et ses collègues Deb McKenzie et Christian Arroyo. Créée par Nicholas Wootton, à l’origine des séries à succès NYPD Bue et Law & Order, Golden Boy ne pourrait être plus conservatrice dans le genre policier. Le personnage principal est si parfait (et beau de surcroît), que c’en est énervant. Bref, une série classique qui n’innove pas d’un iota, au plus grand plaisir des téléspectateurs étant donné que l’émission domine dans les cotes d’écoute dans la grille du mardi soir à 22 heures autant au Canada[1] qu’aux États-Unis[2].

Quel bon garçon

Comme je l’ai mentionné, le personnage de Walter Clark incarne l’archétype américain. Issu d’une famille défavorisée, il a su éviter tant bien que mal les tentations de la rue et a réussi à devenir policier. Dès le premier épisode alors qu’il intègre l’unité des homicides, il fait rapidement des liens entre les différents éléments du crime et on s’aperçoit qu’il est très brillant, d’où le titre. De plus, il parvient à gagner la confiance des victimes et sait trouver les mots qu’il faut pour « ramener à la raison » les complices où les criminels, si bien que son collègue Arroyo nourrit quelque jalousie à son égard. Mais Clark n’est pas parfait. Ses collègues le traitent de « cocky little snot » ou qualifient son attitude de « pittbull pride ». En effet, il a beau être nouveau, il veut tout contrôler et est mis à sa place plus d’une fois par son associé plus âgé, Owen, qui joue le rôle symbolique de père auprès de ce dernier, lui conseillant patience et discernement. Résultat : Owen, terre-à-terre et sage, n’a jamais été promu et végète au même poste, comptant impatiemment les années avant qu’il puisse bénéficier de la retraite. Quant à Clark, il n’en fait qu’à sa tête, écoute son cœur et travaille par instinct; ces traits de caractère lui vaudront un avancement fulgurant.

Au début de chaque épisode, il est écrit : « In seven years, Detective Clark will become the youngest police commissionner in the history of New York city. This is his story». On nous rappelle donc constamment l’exceptionnalité du personnage et on peut craindre avec raison que la série ne soit qu’un faire-valoir. On a d’ailleurs écrit sur un autre blogue[3] : « J’ai peur que chaque épisode se force à mettre en scène une histoire édifiante sur un point particulier de l’ascension de Clark et que la série aligne les intrigues policières artificielles (…) qui n’existeront que pour éclairer la personnalité du personnage principal de la série ».

Mais alors, quel est son talon d’Achille? Les scénaristes, peut-être afin de se donner bonne conscience, tentent d’ajouter des éléments nébuleux à la personnalité de Clark. Dans le premier épisode, lui et ses collègues effectuent une descente dans un appartement. Clark, qui est au front, ne cesse de trembler en tenant son pistolet. Pourtant, à la suite de quelques cascades, il parvient à capturer le malfaiteur. Il affirme aussi : « depression runs in the familly » tout en admettant qu’il consulte un psychologue. Par contre, ça ne reste que des phrases qui ne sont pas transposées à l’écran. La fin du premier épisode nous montre Clark sept ans plus tard, dans son bureau baigné d’une lumière très froide avec une vue impressionnante sur New York, alors qu’il est préfet et qu’un journaliste est là pour l’interviewer (fin de la bande-annonce ci-haut). On se forge tout de suite l’image d’un homme seul dans sa tour d’ivoire; victime de son succès, ce qui donne un ton très pompeux à la série.

Young Guns

Rivalités 

Étonnamment, les plus vives tensions dans Golden Boy ne sont pas entre les policiers et les criminels, mais bien au sein de la brigade. En effet, si Walter Clark incarne l’enfant prodigue, le détective Christian Arroyo récolte la palme de l’antihéros. Jaloux des succès de son collègue, ce dernier n’hésite pas à tout faire pour lui mettre des bâtons dans les roues, enquêtant de façon peu orthodoxe. Dans le second épisode, Natasha, un témoin qui est peut-être une complice, est interrogée par Arroyo quant à un enlèvement. Il n’hésite pas à la gifler pour lui soutirer des aveux. Plus loin, Clark donne de l’argent (trouvé dans un repère de trafiquants) à Natasha pour l’aider à refaire sa vie, mais cette dernière a enregistré la conversation sur un magnétophone qu’elle donne à Arroyo, lequel n’hésite pas à s’en servir pour faire chanter Clark le moment venu. Espérons qu’au cours des prochains épisodes, les scénaristes approfondiront cette rivalité afin de mettre du piquant dans la série qui pour le moment, stagne dans le conservatisme.

En conclusion, Golden Boy n’apporte rien de nouveau au genre policier, mais peut tirer sa force d’un solide casting et d’enquêtes structurées qui tiennent la route, au plaisir des amateurs du genre. Par contre, la structure des épisodes veut que l’on nous raconte, à travers divers tableaux, l’ascension d’un homme qui a tout pour lui, l’imprégnant d’une aura narcissique qui lasse à la longue. De toute façon, à mesure que la série avance, les enquêtes prennent de plus en plus de place, rendant Golden Boy dénuée de toute ambition, mais efficace puisqu’elle se fond parfaitement dans le genre policier.


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