Cult (2013) : le pouvoir de l’écran

Cult est une nouvelle série diffusée sur les ondes de CW aux États-Unis et CTV Two au Canada. Tout commence avec Skye, une recherchiste sur un plateau de télévision et Jeff, un ancien journaliste qui enquêtent sur la mystérieuse disparition de Nate, frère de ce dernier, en lien avec la série télévisée « Cult ». Dans celle-ci, Billy Grimm incarne un chef charismatique d’une secte qui a de nombreux adeptes et commet plusieurs crimes alors que la police est à la recherche de preuves afin de l’arrêter. Il semble qu’un effet semblable se soit instauré autour de la série et que des fans s’amusent à recréer les méfaits commis dans la série. Il y a du bon et du mauvais dans Cult. Si le rythme est assez lent et que les personnages principaux manquent de charisme, reste que les nombreuses mises en abyme; toutes ces références entre la réalité et la fiction et les nombreuses questions que l’on se pose après avoir visionné trois épisodes sont assez solides pour nous tenir en haleine… pour combien de temps? La série nous le dira.

Mais que se passe-t-il vraiment?

Après le visionnement de trois épisodes, on nage toujours en plein mystère. D’un côté, on peut saluer le travail des scripteurs pour avoir concocté plusieurs intrigues, qui on l’espère aboutiront à quelque chose de poignant. D’un autre côté, force est d’admettre que la cadence pourrait être plus rapide. Lors du premier épisode, j’ai été ravi de constater qu’il ne s’agissait pas d’une autre série policière… standard. En effet, à la suite de la disparition de Nate, son frère Jeff et Skye se tournent vers la police, mais celle-ci se révèle d’abord blasée quant audit cas et ensuite, l’on découvre qu’elle est peut-être de mèche avec les malfaiteurs. Comme les personnages ne peuvent que compter sur eux-mêmes, leurs moyens d’instigations sont limités, ce qui ralentit tout le processus.

Par contre, l’enquête est de taille tellement cette situation demeure nébuleuse. C’est qu’il est parfois difficile de faire la différence entre le réel et de la fiction[1]. Par exemple, chaque épisode contient des extraits de la série «Cult», dispersés un peu partout lors de la durée de celui-ci. Ces extraits qui mettent en scène les personnages de fiction Billy Grimm et la détective Kelly sont des pistes d’enquête pour Jeff et Skye, puisqu’ils sont à l’origine des crimes commis. On a aussi tendance à associer l’acteur personnifiant Billy aux crimes commis dans la réalité, ce qui est un leurre. Un des problèmes de la série est là. On passe beaucoup trop de temps avec Jeff et Skye et on n’en sait toujours pas assez sur Robert Reeves (personnage « réel » dans la série qui incarne le rôle de Billy) et qui est de loin plus le charismatique. Comme ces deux jeunes (les « enquêteurs ») se révèlent jusqu’ici assez impuissants et dépassés par les événements, l’ajout de scènes contenant leurs pendants (les « criminels ») donnerait plus de rythme à Cult, tout en impliquant davantage le téléspectateur.

cult

Un triste phénomène social

L’idée qu’une émission de fiction puisse influencer le spectateur n’est pas nouvelle et c’est exactement ce qui se produit dans Cult. En effet, toutes les enquêtes, les intrigues et les comportements de certains personnages témoignent d’une obsession envers l’émission mettant en vedette Billy Grimm et ne sont pas sans refléter une réalité à laquelle nous sommes exposés. Par exemple, Jeff, à la recherche de son frère, se sent traqué et reçoit un soir une vidéo de l’émission, le sommant de rejoindre la secte. Il s’agit non pas d’un message privé, mais bien d’un élément d’autopromotion de la part des studios, et Jeff n’y voit que du feu. Plus loin dans l’émission, des étudiants sur un campus s’amusent à reproduire des scènes d’horreur qu’ils ont vues dans la série aux dépens de la victime et celles-ci sont ensuite diffusées sur des écrans géants lors d’une fête privée. L’arrivée des téléphones intelligents il y a quelques années a permis la capture d’images prises sur le vif et l’ajout des médias sociaux a contribué à la diffusion et distribution de celles-ci à l’échelle de la planète. On peut donc affirmer qu’à un certain degré, notre société est devenue en partie virtuelle et que cette nouvelle réalité est bien représentée dans Cult.

On pourrait faire un lien entre Cult et The Following actuellement diffusée sur FOX. Dans ces deux cas, la société hyper médiatisée crée des effets pervers sur les individus. Que ce soit via la fiction pour Cult ou via l’enseignement de la littérature pour The Following, c’est davantage la propagation du message à l’aide de plusieurs plateformes qui est à l’origine des crimes commis par les personnages. Dans les deux séries, ceux-ci semblent désensibilisés par ce qu’ils voient et pire encore, par ce qu’ils commettent. Il est difficile de mesurer le degré exact d’influence des films, jeux vidéo, etc. sur les individus, mais il est certain que la surexposition à la violence tend à banaliser celle-ci[2]. En même temps, ceux qui sont à l’origine de ces crimes sont traités en vraies stars. Dans Cult, il s’agit du personnage de Billy Grimm, alors que dans The Following, il s’agit du professeur et tueur en séries Joe Carroll. Mis à part ces séries, pensons au cas du « dépeceur de Montréal », Luka Magnotta, dont la vidéo du meurtre qu’il a commis a longtemps circulé sur internet (elle l’est sûrement encore), faisant de lui un phénomène mondial et s’attirant même des sympathisants[3]. La fiction dépasse-t-elle vraiment la réalité?

En conclusion, Cult n’est pas la première série ou film à s’intéresser au phénomène des sectes et aux désaxés qui en font partie, encouragés par le virtuel. Les personnages principaux sont un peu fades et le rythme pourrait être plus poignant, reste qu’elle est de son temps et qu’elle explore un phénomène bien réel, qui après seulement trois épisodes, pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Un scénario  plus efficace et des personnages plus colorés seraient à souhaiter, n’empêche la série met en lumière un phénomène inquiétant et comme l’écrit Pierre Sérisier dans sa critique de la série :« (…) l’idée de faire une série sur une série (…), n’est pas très neuve mais elle peut se justifier car elle permet d’interroger la relation entre le réel et le virtuel[4]».


[1] Le réel (ou la réalité) dans ce texte fera référence aux personnages de Jeff et Skye, alors que la fiction fera référence à l’émission de télévision Cult sur laquelle ces mêmes personnages enquêtent.

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