Papa a raison (2013): triste réflexion sur l’homme québécois

Pique-nique3_lac Duhamel_St-Jovite 28 juill. 1978

Voilà que s’est achevée en mars la série documentaire de trois épisodes Papa a raison sur les ondes d’Historia. Grâce à des images d’archives et des témoignages d’experts et gens du commun, on revient sur la masculinité au Québec de 1940 à nos jours. Dans la série précédente, La reine du foyer, on nous montrait l’évolution des femmes durant ces mêmes années. Alors que le parcours de celles-ci nous laissait une impression de fierté, celui de l’homme reste plus ambigu. Des mots et expressions comme homme rose, « looser », soumis, castré ou impuissant,  reviennent souvent dans la série. Pour toutes sortes de raisons, on est en droit se demander si le Québécois a jamais atteint la maturité. La série a au moins le mérite de dresser un constat et de nous faire réfléchir.

L’homme enfant et sa représentation

Dans Papa a raison, on répète plusieurs fois que l’homme québécois des années 50 était symboliquement castré à cause de trois facteurs : la religion, les Anglais et les femmes (dans ce cas-ci, j’y reviendrai plus loin). La religion a infantilisé la population, y compris les hommes puisqu’elle leur empêchait de s’affranchir.  L’homme québécois s’est sans cesse fait dire qu’il était né pour un petit pain, que son devoir était davantage de fonder une famille nombreuse et que s’enrichir était mal. De plus, ceux-ci étaient peu scolarisés, ce qui contribuait à les maintenir dans une condition toujours précaire. Cet état de servitude dans laquelle la religion maintenait les hommes servait bien les Anglais puisque ça leur donnait le champ libre pour contrôler la société. Peu enclins à se rebeller contre toute forme d’autorité, l’homme québécois a accepté ce sort comme un bon chrétien, puisque de toute façon, le paradis n’est pas sur terre, mais au ciel.

Et puis, il y a les femmes. On répète plusieurs fois dans Papa a raison que le rôle premier du Québécois est de subvenir aux besoins de sa famille. En ce sens, on comprend qu’il n’est pas un père, mais plutôt un pourvoyeur. Tous les liens pouvant l’attacher à sa famille sont détenus par l’épouse. Éducation, tendresse, attention, aide aux devoirs, gestion du salaire, organisation de la vie quotidienne du foyer; tout passe par la mère et le rôle du père semble très effacé. Comment s’étonner que l’enfant développe un lien si  fort avec cette dernière?

Si juridiquement parlant, la société québécoise est patriarcale, dans la vie quotidienne, c’est tout le contraire. Une publicité de 1966 illustre bien cet état de fait.

Le mari ne dit pas un mot dans cette publicité. Cependant, c’est grâce à lui que l’achat d’une telle voiture est possible. Encore ce rôle de pourvoyeur. Même si c’est le mari qui a payé la voiture, on comprend vite que c’est la femme qui l’a choisie selon ses propres critères de confort. Elle compare même les ressorts en spirale des sièges à ceux de son canapé, nous ramenant à la maison, ce « territoire » féminin. Enfin, presque pour sauver les apparences, dès que son mari la rejoint, elle lui cède la place du conducteur. Une illusion que c’est lui qui mène la barque…

Bien entendu, des changements profonds s’opèrent après l’ère Duplessis dans les années soixante. On constate que l’éducation, peu à peu laïcisée, est à la base de l’émancipation de l’homme. Il devient enfin adulte et est en droit de concrétiser ses rêves. L’apparition de la télévision dans les foyers est aussi un facteur  non négligeable. Le meilleur exemple est la diffusion des matchs de hockey des Canadiens. Enfin, les amateurs de ce sport peuvent voir leur idole en action, le « Rocket » Maurice Richard. Le petit Canadien français qui sur la glace domine tout le monde, y compris les Anglais est une image très forte qui peut rapidement inspirer toute une société.

Et maintenant? 

La Révolution tranquille terminée, où en est l’homme québécois? Encore une fois, Papa a raison n’offre pas un portrait très rose de la situation. Certes, il s’est affranchi de la religion et même des Anglais dans la mesure où le Québec est devenu plus indépendant et que l’avancée sociale est à la portée de tous, y compris les femmes. Le dernier épisode de la série se penche d’ailleurs sur la montée du féminisme de 1971 à nos jours et on est en droit de se demander si l’émancipation féminine ne s’est pas faite au détriment des hommes. Le taux de suicide monte en flèche, le décrochage scolaire est plus élevé chez les garçons et le taux de fréquentation des femmes à l’université est beaucoup plus élevé. Plusieurs législations dans les années 80 ont aussi été adoptées au bénéfice de celles-ci, comme la loi sur le divorce. En donnant la garde des enfants presque exclusivement aux femmes, on envoie le message que d’office, le père est accessoire; qu’il compte pour quantité négligeable dans l’équation.

La représentation à l’écran n’est pas en reste. Curieusement, les grands succès télévisuels et cinématographiques d’ici ont été peu tendres envers les hommes. Pensons aux téléromans de Lise Payette dans les années 80 et 90 (Les dames de cœur (1986-1989), Les machos (1995-2000) qui mettent en scène des menteurs, des infidèles et des batteurs de femmes. La représentation de la nouvelle génération n’est pas mieux, sinon pire. Pensons aux Invincibles (2005-2009) ou aux films Québec Montréal (2002) et Horloge biologique (2005). Si les hommes de l’autre génération faisaient preuve de duplicité, les hommes de celle-ci sont tout simplement insignifiants, indécis, innocents et désœuvrés. Les femmes des téléromans de Lise Payette souhaitaient que les hommes s’adoucissent, alors que celles de la nouvelle génération désirent qu’ils se masculinisent. L’équilibre ne semble jamais atteint.

En conclusion, Papa a raison est une autre excellente série québécoise produite par Historia. Ces trois épisodes brossent un portrait complet de plusieurs générations d’hommes qui laisse songeur. À l’inverse de la femme, l’homme québécois, sans avoir « régressé », fait figure d’être passif. S’il a mis son poing sur la table dans les années 60 et 70, ce fut toujours sans faire trop de bruit, d’où l’expression « révolution tranquille ». Le haut taux d’instruction dans ces années, à la base de l’affirmation et du rayonnement du Québec perd beaucoup de terrain avec la nouvelle génération, du moins du côté masculin. Que nous réserve l’homme de demain?

Publicités

Une réflexion sur “Papa a raison (2013): triste réflexion sur l’homme québécois

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s