Zero Hour (2013) : il n’y en aura que trois

Zero Hour est diffusée depuis février 2013 sur les ondes d’ABC et de Global au Canada. Le personnage principal, Hank Galliston, éditeur d’un magazine intitulé Modern Skeptic est à la recherche de son épouse, Laila, qui a été enlevée par le mercenaire White Vincent. À l’aide de l’agente du FBI Rebecca Riley, ils partent à la recherche de cette dernière et découvrent que c’est parce que Laila est horlogère que Vincent s’est emparé d’elle. En effet, le ravisseur est en quête de 12 horloges renfermant un secret plus gros que nature, et pour citer la série : « a secret that even the Pope doesn’t know »…  Mélange de fantastique et de réel, un peu à la Da Vinci Code, cette série ne se rendra pas au bout de son objectif, puisque le 1er mars, ABC annonçait son retrait des ondes après la diffusion de trois épisodes. en raison des cotes d’écoute sans cesse en baisse[1]. Le ton trop pompeux de la série et son effort incommensurable pour être tout à la fois sont certainement des facteurs qui peuvent expliquer cet échec.

Tout comprendre, tout accepter trop vite

La crédibilité d’une série, surtout lorsqu’elle s’aventure dans le fantastique, se bâtit de pair avec le spectateur afin qu’il puisse croire à l’incroyable, accepter ce qui ne se peut. Or, dès le premier épisode de Zero Hour, on essaie de nous enfoncer dans la gorge une telle quantité d’informations qu’il est difficile de tout digérer. La première scène nous ramène en 1938 en Allemagne, en plein règne nazi. Une société secrète composée de 12 nouveaux apôtres est parvenue à percer le secret de la vie éternelle, secret dispersé à l’intérieur des horloges. Hank, qui est à la recherche de sa femme, ne tarde pas à découvrir les secrets entourant cette quête, avec l’aide de ses assistants Aaron et Rachel. Mais à mesure que les indices se multiplient, la trame narrative gonfle, rendant le tout tellement gargantuesque que ça frise l’exagération. Pensons à des phrases dans la série comme : « the darkness of the coming apocalypse is now upon us », «The storm is coming. It will pit science against religion, country against country… And that storm is called–Zero Hour! » ou encore « something even bigger than atomic bombs, something that could destroy God ». Des phrases comme celles-ci conviendraient mieux à des séries fantastiques comme Games of thrones ou Camelot. Zero Hour est trop ancrée dans la réalité pour que le spectateur puisse adhérer à ce genre de scénario.

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J’ai remarqué aussi que la série avait plusieurs points en commun avec Revolution diffusée sur NBC. Dans les deux cas, un être cher a été kidnappé et cela suffit à justifier une quête à n’en plus finir de la part des protagonistes, faisant face à mille dangers. Les deux séries contiennent aussi leur part de surréel; on connaît la trame narrative de Zero Hour alors que dans Revolution, l’électricité a disparu de la surface de la Terre. Bien que sur papier, ces intrigues aient du potentiel, ces séries n’atteignent pas leur but. Dans Revolution, on comble un scénario défaillant par une kyrielle de combats, au point qu’on a l’impression de regarder un jeu vidéo. Dans Zero Hour, les scénaristes s’époumonent à rendre la série crédible à force de verbiage excessif, ce qui finit par lasser à la longue.

Reconstruction de l’histoire grâce aux archives

Malgré ses nombreux défauts, je dois avouer que l’utilisation d’images d’archives dans le troisième épisode est  un coup de maître de la part des réalisateurs. Hank et ses complices découvrent qu’une des horloges a déjà appartenu à nul autre qu’Einstein (qui connaît le secret des 12 apôtres) et qu’il l’a dissimulée, on ne sait où. La réponse à cette énigme se trouve dans une formule d’algèbre que les protagonistes ont tôt fait de décrypter; l’horloge se trouve au Battlefield Park, à Princeton au New Jersey.

Ce qu’il y a d’intéressant dans cette histoire, c’est qu’on se sert d’images d’archives purement objectives du mathématicien et on les intègre à la fiction. On apprend dans l’épisode qu’Einstein aimait bien aller casser la croûte à cet endroit et on nous montre même des images en noir et blanc de celui-ci dans la nature en train de déjeuner. Dès lors, un personnage appartenant à l’histoire se transforme en protagoniste. La réalisation est tellement réussie qu’elle parvient à nous convaincre. En même temps, on pourrait interpréter cet épisode comme un avertissement : les effets spéciaux sont développés à un point tel, que des gens mal intentionnés peuvent réécrire l’histoire à leur façon dans le but de tromper la population. La propagande lors de la guerre en Irak sous George W. Bush que j’ai analysée dans la série documentaire Amour, haine et propagande[2] en est un bon exemple.

En conclusion, après Do no harm (NBC), c’est au tour de Zero Hour d’être retirée des ondes. Diamétralement opposées, ce sont des scénarios défaillants qui expliquent en majeure partie l’échec de ces séries. Dans la première, il nous manquait des éléments de base pour justifier l’état chaotique dans lequel se retrouvait le personnage principal, ce qui créait un manque de crédibilité. Dans la deuxième, on a voulu trop en faire, trop expliquer cette situation hors du commun, à défaut de mettre l’accent sur la profondeur des personnages, ce qui aurait créé un lien avec le spectateur. Dans une entrevue accordée au Edmonton Sun[3] à propos de la série, l’acteur principal, Anthony Edwards, disait ceci : « I think television gets criticized for being condescending and telling stories too simply ». Justement, Zero Hour s’est aventurée en sens inverse, ce qu’on peut lui reprocher. Le juste milieu aurait été souhaitable, à la grande satisfaction du téléspectateur.

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