Call the midwife (2012) : dévotion dans l’East End

Call the midwife (ou S.O.S sages-femmes en français) est diffusée sur les ondes de BBC One en Angleterre et la première saison vient tout juste de se terminer au Canada sur les ondes de Télé-Québec. Inspirée du livre autobiographique de Jennifer Worth intitulé The Midwife, la série nous amène en 1957 et met en scène un groupe de sages-femmes, dont le personnage principal, Jenny Lee, qui habitent et travaillent dans l’East End de Londres, un des quartiers les plus défavorisés de la métropole. Vivant avec les sœurs au couvent Nonnatus, celles-ci, telles des ambulances à vélo, se rendent au moindre coup de téléphone pour venir en aide aux femmes sur le point d’accoucher. Entre humour et moments dramatiques, on apprend au fil des épisodes à découvrir qui se cache derrière ces femmes qui se dévouent jour et nuit à aider à donner la vie, s’effaçant derrière leurs patientes.

Le mythe des années 50

Call the midwife est donc basé sur les souvenirs réels d’une sage-femme. Pourtant, ce qui choque le plus à la vue des épisodes, c’est l’extrême pauvreté dans laquelle les gens vivent. Les familles nombreuses s’entassent, certains établissements doivent être détruits en raison d’insalubrité et l’hygiène de certains résidants laisse à désirer. Même les tenues vestimentaires nous rappellent les années 40. J’ai déjà évoqué les conditions dans lesquelles vivent les différents personnages dans la série Downton Abbey qui se déroule quarante ans plus tôt. Étonnamment, ces derniers semblent bénéficier d’une meilleure qualité de vie, incluant les domestiques. Cependant, selon les dires du personnage principal, entre 80 et 120 bébés naissent dans ce quartier de Londres chaque mois. Les besoins sont donc criants et les sages-femmes en voient de toutes les couleurs, comme nous le démontre la série.

En même temps, nous ne sommes pas habitués à être confrontés à cette représentation des années 50. La plupart des films de cette décennie, et même les séries télé, particulièrement aux États-Unis, célèbrent le boom économique d’après-guerre. Qu’on pense à la série humoristique et légère I love Lucy (1951-1957) qui met en scène une épouse de la classe moyenne dans une banlieue des États-Unis ou encore aux différents films de Marylin Monroe comme Gentlemen prefer blondes et How to marry a millionnaire (tous deux de 1953) qui confinent l’idéal féminin au foyer, préférablement avec un mari faisant beaucoup d’argent. Les reconstitutions de l’époque dans des séries plus actuelles ne sont pas en reste. Les hôtesses de l’air de Pan-am (2011) tirées à quatre épingles et les distinguées maîtresses de maison dans Mad men (2007) sont à des années lumières des faubourgs et du peuple miséreux dépeint dans Call the midwife. Encore tout récemment le film Populaire (2012) de Régis Roinsard s’inscrit dans le même esthétisme. Pourtant, ces femmes ont existé, mais le portrait de cette décennie, en partie idéalisé par l’industrie cinématographique, les a reléguées aux oubliettes. Pour en revenir à Call the midwife, il est difficile de remettre en cause les différentes histoires s’y produisant, puisqu’elles sont inspirées d’une autobiographie, donc, plus réalistes.

Patients et sages-femmes

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Que ce soit lors de rendez-vous dans un centre de maternité ou lors de visites à domicile, Call the midwife couvre un large pan de la société et s’attarde l’espace d’un épisode au destin d’une ou deux femmes enceintes, leur vie conjugale et leur univers. Dans le premier épisode, Jenny Lee se rend chez une immigrante espagnole qui attend son 24e enfant. Alors qu’on le croit mort-né, celui-ci donne signe de vie in extremis. Dans un autre épisode, c’est une jeune prostituée mineure du nom de Mary qui donne naissance à un enfant. Bien entendu, peu de temps après l’accouchement, l’enfant sera donné en adoption, sans l’accord de la jeune mère. Une autre fois c’est une femme dans la quarantaine qui accouche difficilement, puisque l’enfant sort par le siège. S’en suit une scène assez graphique sur cette naissance complexe et la technique utilisée par l’infirmière afin que l’enfant ne s’étouffe pas avec le cordon ombilical. Enfin, lors d’un autre épisode, une femme ne se rend pas à terme et meurt en couche. Dans le blogue critictoo.com, l’auteur écrit avec justesse : « [les différents personnages] servent à offrir une peinture sociale, à montrer une époque, des mentalités, des conditions de vie dans le but de bouleverser autant l’héroïne que, potentiellement, le téléspectateur ».

Justement, la première partie de la saison se concentre davantage sur les patientes alors que plus tard, ce sont les sages-femmes et les sœurs qui sont à l’avant-plan. Chez les sages-femmes, mentionnons bien sûr Jenny Lee. Au début de chaque épisode, on entend sa voix, plus âgée en hors champ qui revient sur son passé, lequel nous est montré à l’écran. Issue d’un milieu assez aisé, elle vient en aide à ces femmes sans les juger. Alors qu’on la croit irréprochable, on apprend qu’elle est amoureuse d’un homme marié. À son arrivée au couvent Nonnatus, elle croyait échapper à ses problèmes, mais réalise rapidement qu’elle doit y faire face et par là même, gagner en maturité. Sinon, tous les autres personnages ont leur propre personnalité sans être stéréotypés, incluant les sœurs. Mention toute spéciale à l’interprétation de Judy Parfitt dans le rôle de sœur Monica Joan, la doyenne du couvent dont l’esprit vogue entre l’excentricité et la démence, mais qui demeure tout de même un pilier pour toute la communauté.

En terminant, le succès de Call the midwife est tel, qu’une troisième saison est prévue pour l’année 2014. Cette popularité repose non seulement sur l’adaptation d’un livre à gros tirage, mais aussi sur l’excellente récréation d’une époque à travers la mise en scène et la profondeur des personnages. On ne peut qu’admirer ces femmes qui viennent en aide aux plus démunies et qui exercent ce métier avec passion. Comme le dit Jenny Lee lors d’un épisode en voix hors champ : « I found a purpose and a path, and I worked with a passion for the best reason of all – I did it for love. »

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