Do no harm (2013): ce fut bref

Do no harm est l’histoire du neurochirurgien Jason Cole, dont l’alter ego machiavélique s’empare de lui tous les soirs, à 20 h 25; son double est prénommé Ian Prince. Ce dernier commet des larcins, fait d’extravagantes dépenses, brutalise les femmes et flirte avec la pègre. Depuis des années, Jason parvenait à contrôler son double en s’injectant une certaine médication, mais voilà que celle-ci ne fonctionne plus et il perd peu à peu le contrôle de lui-même, devant ramasser les pots cassés  de Ian lorsqu’il revient à lui le lendemain, 12 heures plus tard.  Le 31 janvier était diffusé sur les ondes de NBC et CTV le premier épisode de la nouvelle série. Une semaine plus tard, le 4 février, était diffusé le deuxième et dernier épisode; le réseau américain ayant décidé d’annuler la série en raison de cotes d’écoute déplorables[1]. Cette décision subite, surtout après avoir injecté des millions dans une production qui devait être diffusée à heure de grande écoute, n’a rien d’habituel. Pourtant, tout n’était pas foncièrement mauvais, mais force est d’avouer que le sérieux manque de cohérence a contribué à cette fin brutale.

Rendre crédible le non-sens

Quiconque lit les lignes ci-haut peut y voir l’inspiration tout droit puisée de la célèbre nouvelle de Robert Louis Stevenson, Dr Jeckyll et M. Hyde. Dans la série, Jeckyll est bien entendu Jason et Hyde, Ian. Alors que la nouvelle avait presque des airs de fantastique, dans Do no harm, on banalise cette situation vraisemblable alors qu’elle ne l’est pas. Jason étant lui-même médecin, il a tout simplement à sa disposition un assistant, Josh, qui tente de réparer les pots cassés par son double et le Dr Ruben Marcado, un technicien qui tente de lui concocter un sérum pour “éliminer” l’influence de Ian. Enfin, Jason est pris en charge par un genre de mentor, Will, à qui il se confie et qui connaît ses problèmes dans les moindres détails. Ce qu’il y a d’aberrant, c’est qu’aucun d’eux ne semble vraiment paniqué de l’état de santé psychologique de Jason. Au lieu d’éradiquer ce mal obscur dont il souffre, ils tentent de le contrôler.

De plus, on apprend que Jason a déjà été en couple avec Olivia avec qui il a eu un enfant. Cette dernière ne veut plus le revoir à cause des souffrances qu’il lui a fait endurer, d’autant plus qu’Ian tourne dangereusement autour de leur progéniture. La même chose se produit alors que Jason, devenu Ian, a violenté sa collègue, la Dre Lena dans une chambre d’hôtel. Pourquoi ces deux femmes n’appellent-elles pas la police? À cela, ajoutons les interrogations d’ordre pratique soulevées dans un article du Detroit News: « (…) when does this guy sleep? And how did he get through med school, much less high school, switching personalities?[2]». À ces questions, nous n’aurons pas les réponses, et je doute que la série, si elle était toujours diffusée, nous en aurait fournies des crédibles.

Un autre problème de Do no harm est que toute l’intrigue repose sur un Jason/Ian. Il n’y a en effet aucune trame secondaire pour nous éloigner de l’incongruité de la première. Le pire ennemi de Jason est Ian, c’est-à-dire son double. Disons que ça n’occasionne pas beaucoup de confrontations! L’acteur principal, Steven Pasquale, qui n’est pourtant pas mauvais, doit à lui seul traîner sur ses épaules la série; un poids qui se métamorphose rapidement en boulet.

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Pourtant…

Il est assez fréquent qu’un réseau, après la diffusion complète d’une première saison, décide de ne pas la renouveler. Pensons à Pan-Am (hiver 2012) d’ABC qui après 14 épisodes a été retirée de la case horaire ou plus récemment à Made in Jersey (automne 2012) de CBS qui ne s’est rendu qu’à huit. Il faut reconnaître que les malheurs de NBC ne font que s’accumuler. Devant l’avenir incertain des nouvelles séries de l’année The New Normal, 1600 Penn et de Deception, la chaîne a vu les cotes d’écoute de la deuxième saison de Smash, qui avait pourtant cartonné l’année dernière, s’effondrer de 40% depuis la finale présentée en mai[3]. Certes, Do no arm n’est pas la série du siècle, mais n’a-t’on pas réagi trop vite?

Le personnage de Jason est avant tout attachant. Alors qu’il est en lutte constante contre ses propres démons, il reste qu’il est entièrement dévoué à son travail. Comme mentionné en introduction, Jason est neurochirurgien. À défaut de pouvoir se soigner lui-même, il soigne les autres avec une expertise hors du commun. Dans le deuxième épisode, son double s’est acheté une voiture hors de prix et s’est emparé d’un magot appartenant à la pègre. Dans la même trame narrative, Jason doit soigner de toute urgence une petite fille qui pourrait devenir aveugle. D’une pierre deux coups, il parvient à faire arrêter les malfrats avec qui Ian a trafiqué et vend sa voiture afin d’acheter un nouvel appareil sophistiqué qui permettra, à la suite de l’opération, à la jeune fille de retrouver la vue. Gageons qu’au cours des prochains épisodes, la lutte se serait intensifiée entre les deux personnages, à savoir qui prendra le dessus, mais nous ne le saurons jamais.

En terminant, le manque de cohérence en général et le scénario ne tournant qu’autour d’un seul personnage auront eu raison de Do no harm… après seulement deux épisodes. Il n’y avait pas que du mauvais dans la série, et j’aurais donné une chance (très mince) au coureur. NBC, plutôt que de voir ses cotes d’écoutes réduites à néant, a préféré remplacer cette dernière par la rediffusion d’épisodes de Law & Order; SVU jusqu’au 4 avril. À cette date, la chaîne lancera une toute nouvelle série intitulée Hannibal, qui «se centrera sur l’agent du FBI Will Graham qui doit s’adjoindre les services du psychiatre devenu meurtrier, le Dr Hannibal Lecter, afin de stopper un serial killer [4]». Inspiré du film Le silence des agneaux, le scénario ressemble à une copie conforme de The Following. Pour l’originalité, on repassera.

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