Le sexe autour du monde, troisième saison (2013) : oubliez les tabous!

Le sexe autour du monde est une série québécoise produite par Eurêka! et diffusée à la fois sur TV5Canada et TV5Monde. L’animateur, Philippe Desrosiers, se promène à travers le globe afin d’en savoir plus sur les pratiques et mœurs sexuelles des gens et rencontre divers intervenants sur la question. La troisième saison amorcée en janvier 2013 est fidèle aux deux autres, tant par le style et le ton des épisodes que par la diversité des pays visités. D’ailleurs, lors de la diffusion du premier épisode axé sur la Suède diffusé un samedi soir (heure de grande écoute en Europe), l’audience moyenne a augmenté de 162 % en Belgique, et de 62 % en France[1]. Pour une série dont le thème est sûrement l’un des plus tabous de la planète, Sexe autour du monde s’en tire avec brio.

Lieux visités, sujets et intervenants

Comme le dit le titre, la série se promène à travers le monde. Bien que certains pays explorés au cours des trois saisons nous soient plus familiers, que ce soit par des liens coloniaux, religieux ou culturels (Angleterre, Suède, France, Allemagne, Australie, etc.), on a l’impression d’en apprendre autant que lorsqu’on s’aventure dans des pays où les mœurs nous sont moins connues comme en Indonésie, au Japon, en Turquie, au Rwanda, au Sénégal où au Vietnam. C’est, entre autres, ce qui explique le succès de Sexe autour du monde. Le mérite doit aussi être attribué à l’animateur qui sait mettre les gens en confiance. De par son approche, à la fois désinvolte, humoristique et coquine, toute polémique est évitée (ce qui est particulièrement remarquable, en particulier dans les pays musulmans visités). De plus, malgré l’avertissement au début de l’émission comme quoi le contenu pourrait choquer certains téléspectateurs, la série conserve un ton respectueux et ne renferme jamais de contenu explicite.

On retrouve toujours le même leitmotiv dans Sexe autour du monde. On commence par énumérer des clichés reliés à certains pays (exemple, le pays des machos pour la Grèce) et on confirme ou infirme ceux-ci en allant plus en profondeur. On s’entretient avec des gens de la rue et des experts variés (sexologues, acteurs du porno, professeurs universitaires, auteurs, etc.) et on se rend dans une chambre à coucher à la rencontre d’un couple choisi au hasard qui se confie avec une franchise désarmante. Puis, on a droit à un tour guidé de musées ou de lieux inédits du pays en lien avec la sexualité. On s’interroge aussi sur les tabous des sociétés, les droits des femmes, des homosexuels et des transgenres. C’est d’ailleurs en se penchant sur le statut de ces trois groupes qu’on peut mesurer le niveau d’ouverture et d’évolution d’un pays par rapport aux autres. Après avoir approfondi la question sous tous ces angles, on constate que les mythes ou clichés tendent à s’estomper pour céder la place à une facette plus humaine et commune de la sexualité.

Phallocratie et importance du sexe

File:Jean-Léon Gérôme, Phryne revealed before the Areopagus (1861) - 01.jpg

Trois pays en particulier ont retenu mon attention au cours de cette troisième saison, soit, la Turquie, l’Indonésie et la Grèce. Malgré des différences marquées entre ceux-ci, la prédominance masculine dans toutes les sphères de la société y est encore très forte. D’ailleurs, phallocratie[2] est un terme qui revient plusieurs fois lors de la visite de la Grèce. Celle-ci est aussi à la base de ces trois pays et atteint de façon négative et à divers degrés sa population. L’homme grec par exemple est prisonnier du mythe du macho, apparu dans les années 60. En fait, on apprend qu’une majorité de jeunes grecs ont leur première expérience sexuelle avec une prostituée; comme quoi la pression reliée au sexe et à la performance peut être obsédante. En Turquie, un transsexuel interviewé affirme candidement que « le pays voue un culte au pénis ». Pays à 99 % musulmans, les turques ont encore une très forte influence sur leurs femmes, à savoir s’ils exigeront d’elles qu’elles portent le voile ou non. De plus, une sexologue affirme que pour les jeunes femmes, perdre leur virginité avant le mariage  est pire dans leur esprit que la mort. Finalement, en Indonésie, tout ce qui a trait au féminisme est très mal vu. Une professeure enseignant cette matière dans une université a même reçu des menaces de mort. D’un autre côté, on apprend dans Sexe autour du monde que les Indonésiennes ont un très fort penchant pour les hommes du pays voisin qu’est l’Australie, parce que ceux-ci sont plus ouverts d’esprit.

De dire que la sexualité et la sphère publique sont dissociables est un leurre. La Grèce affiche le plus haut taux d’avortements en Europe[3], ce qui démontre de nombreuses failles dans l’éducation sexuelle, et ce, sans parler des séquelles physiques et psychologiques qu’ils engendrent chez  les femmes et les proches. En Indonésie, l’élection d’un gouvernement très conservateur et musulman en 2008 a fait voter une loi antipornographie qui redéfini tous actes susceptibles de provoquer le désir sexuel, allant même jusqu’à décider de ce qu’il est permis de porter en public[4]. Enfin, en Turquie, l’urbanisation est toujours grandissante et avec elle, vient l’accès à l’éducation supérieure qui contribue à faire évoluer les mentalités. Tous ces enjeux reliés au sexe touchent directement la liberté des gens et des femmes en particulier.

En conclusion, Sexe autour du monde est presque un document d’archives internationales en rapport avec le sexe, à une époque où la mondialisation s’installe de plus en plus. On réalise toutefois que l’évolution des peuples est à géométrie variable, dépendamment des forces aux pouvoir. Alors que certains pays s’ouvrent de plus en plus au monde, prônant le droit de chaque individu, on assiste aussi à un contre-mouvement dans d’autres pays qui à coups de lois, vise à contrôler la sphère privée… et même le corps humain.


[2] Le terme phallocratie (du grec phallos, « pénis en érection » et cratos « pouvoir ») désigne la domination sociale, culturelle et symbolique exercée par les hommes sur les femmes. Par extension, elle est utilisée pour désigner une structure sociale misogyne, patriarcale et sexiste. (fr.wikipedia.org)

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