On the road (2012): une liberté lancinante

On the road est une adaptation du roman semi-autobiographique et éponyme de Jack Kerouac réalisé par le brésilien Walter Salles, surtout connu pour son film The motorcycle diaries (2004), gagnant d’un oscar. On the road est la représentation de ce que Kerouac nommera la « beat generation », des jeunes adolescents d’après-guerre, intellectuels, mais rejetant le conformisme de la société et surtout les tabous reliés à la sexualité et à la drogue. On suit donc Sal Riley, qui suite à la mort de son père en 1947 décide de « vivre » en explorant l’Amérique en compagnie de Dean Moriarty, Marylou, Carlos Marx et Ed Dunkle. S’ensuivent des rencontres inusitées et des fêtes à n’en plus finir.

L’adaptation littéraire au cinéma

On ne compte plus le nombre de romans ayant été adaptés au cinéma et certains ont laissé une forte impression chez le spectateur. Pensons par exemple à Autant en emporte le vent (1939) de Margaret Mitchell ou à À l’est d’Eden (1955) de John Steinbeck. Dans ces deux cas, je parie que la plupart des gens d’une génération récente qui ont vu ces films n’ont jamais lu les livres d’où découlent leurs adaptations, ceux-ci ayant pourtant été des best-sellers. De plus, ces adaptations ont tellement connu de succès, qu’on en vient d’abord à associer ces films aux acteurs qui ont incarnés les personnages principaux : Vivien Leigh dans le rôle de Scarlett O’hara et James Dean dans le rôle de Cal Trask. Donc, une bonne adaptation cinématographique en vient à supplanter l’œuvre littéraire, ce qui n’est pas le cas avec On the road.

En effet, après avoir lu plusieurs critiques sur le film, il s’est formé un consensus comme quoi On the road n’était pas à la hauteur de l’adaptation du roman de Kerouac. Celle-ci est qualifiée « d’extrêmement banale » par le chroniqueur Antonio Dominiguez Leiva de Radio-Canada[1] et dans La Presse, la chroniqueuse Chantal Guy écrit : «Voir cette adaptation ne permet en rien de savoir ce qu’est vraiment le roman[2]».  Enfin, Bill Brownstein de la «Montreal Gazette» écrit : «But this [l’adaptation du roman] is not an easy transfer since the book exists on an almost plotless, stream-of-consciousness plane and its characters are so identifiable and larger than life[3]».  Le fait que tous ces critiques ne cessent de se référer au livre prouve donc la prépondérance de celui-ci sur le film. Comme le mentionne Brownstein, il n’y a pas vraiment d’histoire dans On the road, et bien que je n’aie pas lu le livre, on s’imagine aisément que la force de celui-ci se trouve dans les descriptions et les ambiances (paysages, jazz, soirées entre amis, divers univers undergroud, etc.) Sans dénigrer le livre, on peut au moins conclure qu’il n’est pas adaptable au grand écran puisqu’on ne sait quoi penser de ces personnages, où ils vont, ce qu’ils recherchent, ce qu’ils vivent. En ce sens, Salles n’a pas réussi son pari.

La différence entre errer et voyager

Il faut tout de même donner crédit au réalisateur qui est devenu un maître des road movies. Tout comme dans The motorcycle diaries, les plans extérieurs et la reconstitution historique d’une autre époque sont filmés avec une rare beauté. Salles a d’ailleurs utilisé pour le tournage une caméra 35 mm, ce qui donne une image vieillotte au film tout comme l’époque qu’elle représente. The motorcycle diaries nous représentait les jeunes années de Che Guevara et on comprend que ces voyages dans les différents pays d’Amérique latine ont transformé le jeune médecin de profession en leader politique. Alors que ce voyage prenait des airs de périple, dans On the road, les escapades n’ont aucune fin en soi. Dès le début du film, le personnage principal, Sal, rencontre un groupe d’hommes qui lui demandent où il va. Et celui-ci de répondre : « I’m just going ». En effet, les personnages principaux errent à travers l’Amérique. Denver, Montréal, nord de la Californie, Virginie, New Jersey, Alabama, Louisiane et finalement le Mexique; toutes ces destinations sont prétexte à s’enivrer, avoir des relations sexuelles, prendre de la drogue et surtout, fuir le temps qui passe. Les personnages rejettent la société en s’évadant, aussi bien en voiture qu’avec toutes sortes de substances et ne semblent jamais vouloir s’arrêter, ce qui les rend pathétiques à la longue.

En principe, Sal est le personnage principal puisqu’il est omniprésent dans le film du début à la fin. Pourtant, nous ne savons rien de lui, ce à quoi il aspire, sinon d’être auteur. En fait, c’est son ami Dean (excellente interprétation de Garrett Hedlund) qui vole la vedette. C’est lui qui ose, qui crée toutes les situations dans lesquelles les personnages se retrouvent. Ayant plusieurs maîtresses au début film, ses escapades ont quelque chose de sympathique, mais en vieillissant et à mesure que le film avance, il devient carrément pitoyable. Il abandonne sa femme et ses deux enfants, s’intoxique de plus en plus et va même jusqu’à se prostituer. C’est un adolescent qui refuse de grandir et de prendre ses responsabilités. Dès lors, la liberté recherchée par les personnages prend un goût amer. Ce besoin constant d’abandon et cette quête d’évasions s’associent davantage à la fuite qu’à l’introspection. Pour en revenir à Sal, il agit à titre de spectateur dans le film. Certes, il prend part aux voyages et fait la fête, mais il prend surtout des notes. Puis, à la fin, il est inspiré et décide de raconter sur papier toutes ses aventures. Cette scène finale m’a fait penser au film L’Auberge espagnole (2002) alors que le personnage ne sait ce qu’il veut faire dans la vie. Il part un été en Espagne, vit plein d’aventures et à son retour, décide de devenir auteur et d’écrire sur ce qu’il a vécu. Bref, du déjà vu pour On the road.

En terminant, malgré l’immense talent de Walter Salles quant à la mise en scène et la façon dont il parvient à reconstituer une époque, son adaptation du roman de Jack Kerouac n’est pas réussie. Non pas parce qu’il s’agit d’un piètre roman, mais tout simplement parce qu’il n’est pas adaptable au cinéma. Ce sont des tranches de vie et on se lasse à la longue de voir les personnages stagner dans la temporalité et se défoncer continuellement. On the road nous montre « l’avant publication », l’inspiration se déroulant entre 1947 et 1951 qui sera transposée sur papier à la toute fin du film. En ce sens, le film est davantage un hommage à Kerouac et à son livre qui a marqué la littérature, qu’une simple adaptation. On peut donner du crédit à Salles, mais ce très long métrage ne nous donne pas le goût d’aller lire le roman.

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