Amour, haine et propagande, la guerre au terrorisme (2012) : quand l’histoire se répète

Amour, haine et propagande a été coproduit par Radio-Canada et CBC et compte jusqu’ici trois saisons. La première se situe durant toute la Deuxième Guerre mondiale à l’ère des dictateurs tels Mussolini, Hitler et Staline et nous montrait comment ces dictateurs ont pu manipuler l’opinion publique afin de justifier la guerre la plus sanglante de l’histoire. La deuxième saison se concentrait sur la Guerre Froide qui opposait deux idéologies : le communisme et le capitalisme incarnés respectivement pas l’U.R.S.S. et les États-Unis. La troisième saison en deux épisodes s’est terminée le 18 janvier et relatait la guerre au terrorisme suite aux attentats du 11 septembre 2001 mené majoritairement par le président George Bush. Regarder les deux premières saisons était comme assister à une page de l’histoire lointaine offrant un divertissement au téléspectateur. Divertissement, parce que la plupart d’entre nous n’ont pas connu cette époque et que toute trace de ce passé nous est transmise via la fiction ou le documentaire. Ce qu’il y a de fascinant, mais surtout d’inquiétant avec cette dernière saison, c’est que les éléments qu’elle relate sont récents et qu’on se rend compte que malgré une plus grande présence des médias et une masse plus éduquée, les guerres justifiées ou non se perpétuent avec une propagande adaptée à son époque; comme quoi nous ne sommes jamais immunisés contre la propagande et qu’il est toujours possible de nous faire gober des mensonges en utilisant la fibre patriotique.

La propagande en dix points

À la veille de la Première Guerre mondiale, un Lord anglais, Lord Ponsoby résumait les méthodes de propagande en dix points :

  1. que notre camp ne veut pas la guerre
  2. que l’adversaire en est responsable
  3. qu’il est moralement condamnable
  4. que la guerre a de nobles buts
  5. que l’ennemi commet des atrocités délibérées (pas nous)
  6. qu’il subit bien plus de pertes que nous
  7. que Dieu est avec nous
  8. que le monde de l’art et de la culture approuve notre combat
  9. que l’ennemi utilise des armes illicites (pas nous)
  10. que ceux qui doutent des neuf premiers points sont soit des traitres, soit des victimes des mensonges adverses (car l’ennemi, contrairement à nous qui informons, fait de la propagande)

Nous retrouvons tous ces éléments dans Amour, haine et propagande. Le problème suivant le 11 septembre, c’est que l’attaque ne venait pas d’un pays en particulier, mais bien du richissime leader Ben Laden qui après les événements, est demeuré longtemps introuvable. Qu’à cela ne tienne, la présidence de George Bush tient à tout prix à sauver les apparences et surtout à mobiliser les Américains dans une guerre au Moyen-Orient. Des phrases comme « God bless america » ou « Either you’re with us or against us » (points #7 et #10) ne peuvent que polariser la population. Comme il est écrit au point #9, la thèse selon laquelle l’Irak possèderait des armes de destruction massive a été inventée de toutes pièces. De plus, au lieu d’avouer que les États-Unis désirent une revanche pour l’affront qui leur a été fait, le terme « terroriste » s’impose peu à peu afin de donner à la guerre une certaine aura et par le fait même, démoniser le monde musulman (points #1, #2, #3, #4 et #5). Enfin, même le prestigieux quotidien New York Times, s’appuyant sur des informations peu fiables[1] a grandement aidé à mobiliser l’opinion publique (point #8). L’extrait ci-dessous d’un discours de George W. Bush est de la pure propagande, mais dite avec tellement de conviction qu’il est facile de se laisser influencer.

L’art de s’adapter aux nouvelles technologies… presque

En regardant Amour, haine et propagande, j’ai été très surpris d’entendre à plusieurs reprises les mots et expressions « guerre Nintendo », « soldats G.I.Joe » et« guerre propre », désignant les guerres d’Afghanistan (2001) et d’Irak (2003) menées par les Américains. Toutefois, à l’ère des téléphones intelligents, YouTube et la vitesse à laquelle s’échangent les informations depuis l’arrivée d’Internet, on aurait pu s’attendre à ce qu’il soit impossible de présenter la guerre de cette façon. Mais l’armée a appris sa leçon de la guerre du Viêt Nam alors que les journalistes pouvaient tout filmer et ainsi indigner la population. Solution : garder les journalistes en laisse. L’armée contrôlant leurs déplacements, il était facile de les emmener à des endroits où les Américains avaient le beau rôle.

Mais ce jeu se joue à deux. Les États-Unis n’ont pas le monopole de l’information et le pendant de CNN dans le monde arabe, Al Jazeera, a rapidement mis en lumière les faussetés véhiculées par les Américains. Quand ceux-ci affirment qu’ils n’attaquent que des soldats ennemis, les musulmans n’ont aucune difficulté à prouver le contraire en filmant les atrocités commises envers toute une population et en les mettant en ligne. Il y a aussi le cas de Jessica Lynch, une jeune soldate qui a été prise en otage en Irak. Immédiatement, les médias ont rapporté qu’elle avait été torturée et son allure frêle lui a valu le surnom de « petite Rambo » (encore une référence au virtuel). Il n’en fallait pas plus pour qu’elle devienne le porte-étendard de la cause américaine.  Cette dernière, de retour au pays et ayant lu et vu ce qui s’est dit sur elle, a rapidement rectifié le tir devant tous les politiciens dans un discours télévisé. Dans un ultime soubresaut entourant cette guerre qui n’en finissait plus, le gouvernement n’a pu s’empêcher d’user de propagande en 2011 sous une nouvelle présidence. On y voit Barack Obama et d’autres politiciens américains regarder une vidéo qui nous montre l’assassinat de Ben Laden. Cette image (ci-dessous) est très forte parce que cet assassinat ne nous est jamais montré. L’imagination est toujours plus puissante que la réalité et ce que voit le téléspectateur, ce n’est pas l’ennemi se faire abattre, mais cette image du président, le chef suprême de l’armée, triomphant. Ainsi, toute l’attention est portée sur la victoire et l’Amérique.

En conclusion, Amour, haine et propagande est une excellente série documentaire. En plus de la justesse de la narration, tout le visuel vient appuyer le thème principal qui est bien entendu la propagande : gros titres faisant référence aux manchettes de journaux lorsqu’on présente les intervenants, ceux-ci s’adressent à la caméra et non à un reporter tout comme lorsqu’un leader s’adresse à la nation, images d’archives bien dans leurs contextes appuyant les sources, etc. Espérons que cette œuvre de CBC et Radio-Canada fera l’objet d’acquisitions à l’étranger tant son contenu est universel.


[2] Le New York Times s’est inspiré d’un document que leur avait transmis les services secrets Britanniques. Ledit document avait été écrit à la hâte par un étudiant d’Oxford, Ibrahim Al Marashi, qui a reconnu lui-même que ses informations n’étaient nullement fondées.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s