Downton Abbey saison 1 (2010): Servilité et hiérarchie

Downton Abbey est une série britannique diffusée sur ITV1 depuis septembre 2010 et en est à sa quatrième saison en 2013. La première saison en français s’apprête à être diffusée sur les ondes de Radio-Canada (dès le 12 janvier 2013). L’action se déroule dans le château du même nom dans le Yorkshire en 1912 appartenant au comte de Grantham. N’ayant que trois filles (Mary, Edith et Sybil), le domaine qui ne peut être légué qu’à un descendant masculin ira à Matthew Crawley, un lointain cousin de la famille. Nous suivons non seulement les péripéties entourant la famille aristocrate, mais aussi celles de l’équipe de serviteurs de l’endroit. Dans les deux cas, une hiérarchie pointilleuse règle leur train de vie, laissant peu de place à l’improvisation. La bande-annonce ci-dessous résume bien les thèmes qui constituent la série.

Donwton Abbey est une série qui marquera probablement l’imaginaire. Sous l’aspect féerique du château et du luxe de l’époque, se cachent des personnages complexes avec beaucoup de profondeur. À l’inverse de la série historique Boardwalk Empire, Downton n’abuse pas du sensationnalisme pour nous tenir en haleine. Ce ne sont pas des scènes d’action, de violence ou de nature sexuelle qui nous hypnotisent à notre téléviseur, mais les subtiles intrigues et les relations qu’entretiennent les domestiques entre eux ou avec les membres de la famille Grantham. En effet, domestiques et maîtres vivent ensemble sous le même toit depuis des années, mais la majorité de leurs altercations se limitent au minimum. Dans tout ce brouhaha de réceptions, dîners et garden-party qu’organisent les maîtres, les domestiques doivent d’une part d’être irréprochables quant à leurs tâches et fonctions, et d’autre part d’imposer le respect par une attitude discrète et digne.

Une domesticité hiérarchisée

Dans Downton, on compte environ une quarantaine de serviteurs pour une famille de seulement cinq personnes. Alors que sous le système monarchique britannique on note divers degrés de noblesse (baronet, comte, duc, etc.), un système parallèle existe aussi chez les domestiques, ceux-ci pouvant accéder à des fonctions supérieures selon expériences et mérites. Dans la série, Thomas est un valet de pied (déf : qui suit, à pied, son maître dans ses sorties, ou se place près du cocher*) alors que John Bates est valet de chambre (déf : domestique attaché au service du maître). Au plus haut de cette hiérarchie masculine, nous retrouvons le majordome incarné par M. Carson (déf : chef des domestiques ou maître dans une grande maison). Chez les femmes, outre les cuisinières, il y a Anna qui est femme de chambre (déf : domestique chargée de servir une dame ou d’entretenir les chambres dans un hôtel) et Mme Hugues, la gouvernante (déf : femme chargée d’éduquer, de surveiller les enfants; dans le cas de Mme Hugues, elle agit davantage à titre de chef des domestiques féminins).
* Les définitions suivantes proviennent d’une édition du dictionnaire Quillet.

Outre le salaire, les avantages à « monter » dans cette hiérarchie sont considérables. Dans la série, le majordome M. Carson inspire une très grande autorité. D’ailleurs, chaque fois qu’il arrive dans la cuisine à l’heure du repas, tous les domestiques se lèvent en guise de respect. De son côté, le valet de chambre M. Bates est littéralement le bras droit du comte de Grantham. Il recueille toutes ses confidences et peut, s’il le veut, influencer les décisions du maître quant aux prochaines nominations du personnel. C’est ainsi que la femme de chambre de la comtesse de Grantham, Sarah O’Brien, use de son influence pour favoriser l’élévation de son neveu, Thomas, qui est pour le moment valet de pied. Pour ce dernier, devenir valet de chambre est une obsession. Celui-ci ne rêve pas d’indépendance, mais bien de monter en grade à un point tel qu’on le sent humilié de stagner dans ce statut.

Domestiques, Downton Abbey

Entre servilité et dévotion

Vers la fin de la première saison, Lady Grantham qui était enceinte, perd son bébé lors d’une chute. Alors que tous les serviteurs sont en deuil, seul le valet Thomas ne semble pas attendri. Lorsque tous sont choqués par son manque de compassion, celui-ci leur répond : « I’m sorry, of course I am, but why must we live through them? They’re just our employers; they’re not our flesh and blood». Cette phrase résume assez bien ce qui nous fascine le plus à propos de cette série en tant que spectateurs. Deux mondes vivent sous le même toit, dans deux univers. Bien que les maîtres traitent les domestiques de façon magnanime, jamais ils ne se permettront une trop grande familiarité avec ceux-ci. C’est la mentalité de l’époque et les Grantham ne sont pas différents des autres nobles. Du point de vue des domestiques, les Grantham ne sont pas leurs patrons, mais bien leurs maîtres : la différence est considérable, établissant une division claire entre les deux statuts. D’un autre côté, les domestiques adoptent presque tous une attitude chevaleresque envers leurs employeurs. Ils leur dévouent leur vie entière et pourtant, ils vivront toute leur vie dans la cuisine et dans leur petite chambre. Jamais ils n’acquerront une indépendance complète et acceptent leur sort non pas avec résignation, mais avec sérénité, comme étant tout ce à quoi ils peuvent aspirer.

L’exemple du valet de chambre du nouvel héritier Matthew Crawley, Joseph Moseley, est le plus frappant. M. Crawley n’a pas l’habitude de se faire servir, si bien que Moseley est complètement pris au dépourvu lorsque son maître veut lui préparer du thé ou alors l’aider à s’habiller. Devant « l’indépendance » de son patron, Moseley se sent tout à fait inutile et le spectateur pense de même. En effet, qui en 2013 a besoin d’employer quelqu’un pour lui mettre son veston ou lui ouvrir la porte? Dans la même veine, les Grantham avouent à Matthew que s’il veut tenir son rang, il se doit de se faire servir par autrui. Le fait d’avoir tant de domestiques s’explique bien sûr pour des raisons pratiques (entretient), mais aussi pour des raisons d’apparences et de prestige. Les domestiques de Downton contribuent à perpétuer ce schéma. Conditionnés à être des extensions de leurs maîtres, ils n’hésiteront pas à afficher une attitude guindée et même à juger sévèrement l’héritier M. Crawley qui ne perpétue pas les traditions et qui « ose » aspirer à vivre comme un particulier.

Jusqu’ici, j’ai davantage développé sur la brillante représentation du monde des domestiques dans Downton Abbey. L’autre monde, celui de l’aristocratie n’est pas en reste. Alors que le dernier épisode se termine sur l’annonce de l’entrée en guerre de l’Angleterre contre l’Allemagne, la famille Grantham fera face à quatre années bouleversantes qui seront porteuses d’un vent de changement au sein de la société… j’y reviendrai au cours d’une prochaine chronique concernant la deuxième saison.

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4 réflexions sur “Downton Abbey saison 1 (2010): Servilité et hiérarchie

  1. J’adore cette série au point de revoir les épisodes ! Je ne m’en lasse pas bien au contraire, je découvre toutes les facettes
    des personnages ! Et leur évolution tout au long des années C’est fascinant de voir les intrigues,les mimiques,les regards
    ect tant du côté des aristocrates que de leurs employés !
    Quel dommage ,qu’il y ait une fin !

    Danielle

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