Les États-Désunis du Canada: la “menace” de l’Ouest

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Ce documentaire a été réalisé par Guylaine Maroist, Michel Barbeau et Éric Ruel entre 2006 et 2011 et produit par les Productions de la Ruelle. Il a été diffusé les 7 et 8 décembre au Cinéma du Parc et sur les ondes de Canal D le 9 décembre. Durant un peu plus de 90 minutes, on y rencontre différents intervenants de l’ouest du pays qui comme le Québec, ont leur propre valeurs et qui se sentent laissés pour compte par les politiques canadiennes. Un documentaire qui à quelques égards manque de crédibilité et de représentation, mais tout de même intéressant puisqu’il nous en apprend beaucoup sur nos voisins et nous pousse à nous questionner sur l’identité canadienne.

Au Québec, on a souvent tendance à se sentir isolé du reste du pays et on tient pour acquis que tout le reste du Canada forme un bloc monolithique, à l’exception peut-être des provinces des Maritimes où la situation est un peu plus nuancée. Les États-Désunis nous prouve le contraire alors qu’on va recueillir l’opinion des gens dans l’ouest du pays. On y apprend, par exemple, qu’il existe le Western Independance Party of Saskatchewan (WIPS), le Western Block Party (WBP) et le Separation Party of Alberta (SPA). La question des provinces maritimes et de Terre-Neuve a surtout été abordée d’un point de vue historique, mais qu’en est-il de La Colombie-Britannique et de L’Ontario ? La question des territoires a aussi été évincée. En fait, le seul moment où on se rend en Colombie-Britannique c’est pour nous « apprendre » qu’ils ont plus d’affinité avec les États limitrophes des États-Unis, soit, Washington et l’Oregon. À plusieurs moments, on entend les gens de l’ouest se questionner sur l’identité canadienne ou sur l’absence de celle-ci. C’est que la proximité du Canada avec les États-Unis et leur langue commune impose un défi supplémentaire aux Canadiens qui ont à se démarquer, à l’instar du Québec.

L’indépendance : économie vs culture

Les réalisateurs nous exposent à quelques chiffres quant à la question de l’indépendance dans le documentaire : «Selon un sondage réalisé par le Western Standard en 2005, 35 % de la population des trois provinces de l’Ouest [Manitoba, Saskatchewan et Alberta] étaient prêts à « explorer l’idée que l’Ouest forme son propre pays. En Alberta, le chiffre montait à 42 % ». D’une part, il faut porter attention au terme «explorer l’idée» qui n’est pas si convaincant et d’autre part, c’était avant l’arrivée des conservateurs au pouvoir. En écoutant les arguments des différents intervenants, l’indépendance se ferait davantage pour des raisons économiques alors qu’au Québec, c’est une question de culture. Lequel des deux l’emporte à plus long terme ? L’économie connaît des hauts et des bas et malheureusement, le Canada en général mise beaucoup trop sur ses ressources naturelles, comme si elles étaient éternelles plutôt que sur l’économie du savoir avec les résultats que l’on connaît : des fleurons canadiens comme Nortel qui a fait faillite et RIM qui s’écroule en bourse. À l’opposé, la culture, elle reste ancrée en nous tout au long de notre vie. Une langue ou un cinéma national nous définissent beaucoup mieux que du pétrole par exemple.

Je suis toujours étonné lorsque je compare les résultats de cotes d’écoute télévisuelles entre les Canadiens et les Québécois. Selon les données de BBM dans la semaine du 3 au 9 décembre, le top 15 au Québec est composé entièrement d’émissions québécoises (Unité 9, LOL, On connaît la chanson, etc.), TVA et la SRC se partageant les parts du gâteau. Au Canada, le top 15 est constitué d’émissions américaines, mis à part les bulletins d’information et l’émission Flashpoint. Alors que les Québécois sont fiers de leur culture et qu’ils la consomment à un point tel qu’elle est rentable dans plusieurs domaines, le reste du Canada, y compris l’Ouest, semble bouder celle de leur propre pays.

Les États-Désunis repose en grande partie sur les déclarations des intervenants, la plupart fondateurs ou membres de partis indépendantistes qui tentent de nous convaincre de la viabilité de leurs mouvements. Ironie du sort, depuis les entrevues réalisées avec ceux-ci en 2006, plus aucun parti ne subsiste en 2012 ou alors, ne compte plus de membres en assez grand nombre pour être crédible. Pourquoi ? La réponse est assez simple : l’élection du parti conservateur et du premier ministre Stephen Harper en 2006 qui est toujours au pouvoir en 2012. À l’opposé, même quand il y avait des premiers ministres canadiens originaires du Québec à la Chambre des communes, le pourcentage de Québécois appuyant la souveraineté s’est toujours maintenu et fut représenté en grand nombre à Ottawa par le Bloc québécois. Le fait que le mouvement indépendantiste soit rayé de la carte pour le moment dans l’Ouest discrédite non pas le documentaire, mais bien ses intervenants; comme quoi l’indépendance n’est rien de plus qu’une idée qui flotte dans l’air, mais surtout, qu’il y a de la place et une voix substantielles pour l’Ouest à Ottawa.

Conclusion : un documentaire pour le Québec ?

La force des États-Désunis est qu’il nous montre une autre facette du Canada anglais. Les médias comme TVA, LCN, Radio-Canada et RDI nous offrent trop souvent une couverture centrée sur le Québec et on donne rarement la parole à des gens des autres provinces. Cette manière de faire contribue à nous isoler, comme si le fait de parler une autre langue rendait les échanges impossibles (alors que le taux de bilinguisme chez les francophones en 2011 est de 42,6 % selon Statistique Canada). On réalise par exemple à quel point la nationalisation des ressources naturelles par les libéraux a bouleversé l’Alberta. En pareilles circonstances, jamais le Québec n’aurait laissé passer une telle mesure, en partie à cause du nombre élevés de ses députés à la Chambre des communes. En même temps, on se rend compte à quel point les gouvernements antécédents (deux libéraux et un conservateur) ont reflété les valeurs québécoises au sein du pays tout entier, les rendant concrètes par des lois : légalisation de l’avortement, décriminalisation de l’homosexualité, abolition de la peine de mort, loi sur les langues officielles, protocole de Kyoto, création du registre des armes à feu, etc. Ces lois n’étaient peut-être pas parfaites, mais elles avaient le mérite d’implanter à Ottawa une certaine idéologie en harmonie avec celle du Québec. Avec le gouvernement Harper, tout change avec de nouvelles lois : abolition du registre des armes à feu, retrait de l’accord de Kyoto, abolition du programme de bilinguisme pour les fonctionnaires fédéraux, augmentation de 60 % du budget de la défense, etc. Juste retour du balancier ? Pourtant, la majorité de la population se situe toujours au Québec et en Ontario (province silencieuse dont on ne sait trop où elle se situe dans ce débat). En 2015, date des prochaines élections fédérales, cela fera presque dix ans qu’un gouvernement représente majoritairement l’Ouest au sein du pays. Reste à savoir si d’ici là, le reste du Canada (incluant le Québec) se sera accoutumé de ces valeurs ou votera dans un tout autre sens.

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