Hitchcock (2012): Suggérer la violence


** Afin d’éviter toute confusion, Hitchcock fait référence au réalisateur et Hitchcock fait bien entendu référence au film.

Le film Hitchcock qui vient tout juste de sortir sur nos écrans a été réalisé par Sasha Gervasi. Il nous ramène en 1959-1960 alors que le grand réalisateur Alfred Hitchcock décide envers et contre tous d’adapter au cinéma le roman Psycho de Robert Bloch. Se battant contre le studio Paramount, contre les censeurs et faisant fi de toutes critiques, le maître du suspens créera un film culte avec l’aide de son épouse et âme sœur Alma. Le film nous plonge à la fois dans les coulisses du tournage du film et à la fois dans sa vie personnelle et dans les relations quelques fois tendues qu’il vit avec son entourage. Hitchcock contient plus de forces que de faiblesses, mais quiconque est fan du réalisateur ne peut qu’apprécier ce film.

Hitchcock nous ramène au cœur des contraintes matérielles entourant le tournage de Psycho. Il faut comprendre qu’en 1960, la carrière d’Hitchcock ressemble aux montagnes russes et rien ne lui est nécessairement acquis. Certes, il vient de connaître un immense succès avec son film North by Northwest, mais il a aussi essuyé deux ans auparavant, un échec commercial cuisant avec son film Vertigo. Les studios reconnaissent son talent et sont prêts à lui accorder des budgets considérables, mais du moment que ses films engrangent des profits. Dès que le réalisateur veut sortir des sentiers battus, ses créanciers affichent bien vite de la retenue, si bien qu’Hitchcock devra financer lui-même le film, en hypothéquant sa maison.

Une chose que l’on tend aussi à oublier, c’est le pouvoir des censeurs de l’époque. Toute nudité est interdite et le thème du travestisme associé au personnage principal Norman Bates créé beaucoup de réserves. Une des meilleures scènes du film est lorsqu’Hitchcock rencontre les censeurs pour la première fois. Ceux-ci sont révoltés à l’idée que l’on puisse filmer ne serait-ce qu’un plan d’une toilette, cette commodité proscrite jusqu’ici sur les écrans. On part de très loin! Et puis il y a tout le synopsis du film. Tous ceux qui ont vu Psycho pour la première fois savent à quel point la fin nous prend de court. Durant tout le film, on nage en plein mystère en ne sachant jamais ce qui se passe réellement. Dans Hitchcock, on nous montre le réalisateur qui fait jurer à tous ses acteurs et techniciens de ne rien révéler du scénario. Il s’assure aussi que personne ne puisse entrer une fois la projection commencée, et ce, sous aucun prétexte. Hitchcock a même évité de présenter une avant-première, de peur que les critiques n’en dévoilent trop dans leurs articles. Quand on pense à l’instantanéité des réseaux sociaux de nos jours, de telles initiatives seraient réduites à néant.

Hitchcock nous dépeint tout le côté émotionnel qu’a vécu le réalisateur en tournant ce film. Comme mentionné plus tôt, Psycho s’inspire du roman éponyme de Robert Bloch, lui-même s’étant inspiré de la vie du tueur en série nécrophile Ed Gein du Wisconsin interné en 1957 après qu’on ait retrouvé sur sa ferme des membres de cadavres dans des bocaux et des objets du quotidien comme des rideaux ou des draps confectionnés avec de la peau humaine. Hitchcock nous montre d’ailleurs plusieurs scènes avec Gein dans diverses situations et le réalisateur se met souvent à penser ce qu’il aurait fait, aurait dit et tente d’approfondir la personnalité de cet être carrément psychopathe.

On constate aussi dans le film les relations ambigües qu’Hitchcock entretient avec ses actrices fétiches. Alors qu’il fait preuve de beaucoup de respect dans le tournage de la scène de la douche avec Janet Lee, l’autre actrice du film, Vera Miles semble pressée d’en finir avec son contrat qui la lie au réalisateur. Hitchcock tend à contrôler ses blondes platine, ne semblant pas toujours faire la distinction entre la fiction et la réalité. Il veut contrôler leurs vies et développe une possessivité à leur égard. Enfin, un thème qui revient souvent dans le film est sans conteste les hauts et les bas qu’il partage avec sa femme Alma. Autant elle le soutient et lui donne de précieux conseils, autant il peut la négliger de manière éhontée au profit de ses actrices et plus tard faire preuve de jalousie lorsqu’elle travaille avec le scénariste Whitfield Cook. À ce sujet, bien qu’Helen Mirren soit excellente dans le rôle d’Alma, le film Hitchcock met un peu trop d’emphase sur ses scènes avec cet autre homme, ce qui fait que l’attention est détournée des meilleurs moments du film.

L’œuvre hitchcockienne

Le moment clé du film est lorsqu’Hitchcock dit à son producteur qu’il ne filme pas la violence, mais la suggère. Quand on connaît la biographie d’Ed Gein ou qu’on a lu le livre de Robert Boch, le film aurait parfaitement pu être précurseur de la série des films Saw par exemple, qui nous expose avec trop de réalisme des mutilations obscènes et inutiles. L’œuvre hitchcockienne tient du fait qu’il maîtrise parfaitement la caméra et le montage. Autant il nous lègue des scènes à la postérité, autant chacun de ses films est teinté d’une ambiance qui nous hypnotise du début à la fin. Que l’on pense à Rear Window où la caméra nous montre des points de vue toujours du même appartement du début à la fin ou encore à Rope qui est somme toute un plan-séquence de 80 minutes. Quand on pense à la scène du meurtre dans la douche de Psycho, on pense à la nudité et à la violence. Pourtant, aucun de ces deux éléments n’est filmé graphiquement. On ne voit jamais le couteau de boucher du meurtrier s’enfoncer dans le corps de la victime pas plus qu’on ne voit une partie intime du corps de Janet Lee lors du meurtre. Néanmoins, cette scène demeure une des plus terrifiantes de l’histoire du cinéma parce que la subjectivité du montage l’emporte sur l’objectivité du moment pour créer un effet des plus puissants.

En conclusion, Hitchcock est à voir, ne serait-ce que pour l’interprétation magistrale des acteurs (Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson, James D’Arcy et Jessica Biel) et la recréation de l’époque à travers ses décors et ses costumes. Le scénario nous replonge dans l’univers d’un des plus grands films du cinéma, nous offrant un Hitchcock obsédé par la qualité de ses films et du désir d’offrir à ses spectateurs une expérience cinématographique hors pair. Que ses producteurs n’aient pas cru en lui lors du tournage de Psycho n’a rien d’étonnant. Après tout, certains de ses films comme The Birds et Vertigo qui ont été boudés par la critique et le public sont considérés de nos jours comme étant des chefs-d’œuvre : Hitchcock se charge de nous le rappeler.

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