La Légende de Versailles: 107 ans de règne

Construction de Versailles

La Légende de Versailles est une minisérie de trois téléfilms qui vient tout juste d’être diffusée sur les ondes de TV5 Canada. Elle retrace les trois règnes qui s’y sont succédé de la fin du XVIIe jusqu’à la Révolution Française en 1789. Il y a d’abord Versailles, le rêve d’un roi (2008), Louis XV: le soleil noir (2009), puis Louis XVI, l’homme qui ne voulait pas être roi (2011). Dans le premier film, nous suivons la construction du palais et l’immense défi architectural qu’elle représentait sous Louis XIV. Dans le second film, c’est le règne ambigu de Louis XV qui y est détaillé; entre la fermeté du pouvoir royal et l’impopularité de la seconde moitié de son règne. Finalement, nous suivons dans le troisième film le triste règne de Louis XVI, qui essaie de tout cœur de soulager son peuple en apportant de grandes réformes qui ne verront jamais le jour à cause de la cupidité et de l’oisiveté de la noblesse et de l’Église, trop accrochés à leurs privilèges.
Il faut tout d’abord comprendre la raison de la construction d’un tel monument. D’une part, le royaume de l’enfance de Louis XIV, sous la régence de sa mère Anne d’Autriche, a été agité de graves troubles dans les événements entourant la Fronde, où successivement les cours souveraines (parlements) et nobles se sont rebellées contre la montée de l’autorité monarchique. Un spectacle de désordre et de complots que le jeune roi n’est pas prêt d’oublier. D’autre part, le 17 août 1661, le ministre des Finances de l’époque, Nicolas Fouquet invite le roi de 23 ans à son fastueux château de Vaux-le-Vicomte pour une grande fête en son honneur. Louis XIV est tellement ébloui par tant de richesses qu’il ne peut concevoir qu’un de ses sujets ait un domaine plus beau que celui du roi lui-même. S’ensuivent l’arrestation du malheureux ministre et la construction du palais qui s’échelonnera sur de longues années. L’objectif est double. Le château du roi doit dépasser en magnificence toutes les demeures royales de l’Europe de l’époque; à l’image de la France qui est la première puissance mondiale. Mais le château doit aussi être assez grand pour loger des milliers de courtisans et leurs serviteurs, le roi les ayant à l’œil en cas de complots. Seulement, avec les décennies et les règnes se succédant, Versailles devient une bulle dorée, coupée du monde extérieur. Le roi y est traité comme Dieu sur terre avec une étiquette si stricte que les générations restent figées dans un monde appartenant au XVIe siècle.

Dans cette minisérie, l’idée de départ est très bonne, c’est-à-dire centrer cette partie de l’histoire de France autour d’un palais. Nous ne suivons pas la vie du Roi-Soleil alors qu’il vivait au Louvre, pas plus que celle de Louis XVI après qu’il eût à quitter Versailles pour Paris aux cris d’une foule déchaînée, pour éventuellement être enfermé dans la prison du temple avec sa famille et être guillotiné en 1792. De plus, il s’agit à la fois d’une fiction avec des acteurs interprétant des personnages de l’histoire et d’un documentaire avec une voix-hors champs qui nous précise le contexte, l’évolution des mœurs et finalement le cul-de-sac auquel se bute la monarchie : l’incapacité de mener à bien toute reforme sérieuse alors que la France se retrouve dans un gouffre financier abyssal. À mesure que les années avancent, on déserte peu à peu le palais, surtout lors du règne de Louis XVI, dès que les nuages s’amoncellent sur la monarchie.
À la fin de la série, on en vient à se poser cette question : en fin de compte, à qui Versailles a profité ? Les successeurs de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI souffrent de l’étiquette pesante imposée par leur aïeul, de devoir être constamment en représentation et de faire l’objet de critiques incessantes. Dès le départ, les nobles étaient contre le fait de quitter leurs propres domaines pour s’installer à Versailles. Sous le règne de Louis XV, ils se complaisent de plus en plus dans le libertinage et la médisance. Dans ce nid douillet, ils se refusent à toutes réformes du régime fiscal qui s’imposent lors du règne de Louis XVI. La France s’approche dangereusement de la banqueroute et tous les ministres du roi en viennent à la même conclusion : l’impôt doit être payé aussi par la noblesse et le clergé, ce haut de la pyramide immensément riche. Ces castes s’y refusent obstinément jusqu’à l’issue fatale : leur exil ou alors la guillotine. Le roi y passera aussi.

Depuis la canonisation de Saint-Louis (Louis IX) en 1297, le roi n’a de comptes à rendre qu’à Dieu. Mais en 1789, c’est au peuple qu’il en doit. Lorsque le roi est guillotiné, le peuple a de lui l’image d’un tyran alors que nous pouvons constater dans le dernier film sur son règne que lui, plus que tout autre a à cœur le bien de ses sujets avant ses intérêts personnels. À la toute fin, on nous montre un buste de Louis XIV, s’ensuit d’un plan de Louis XVI et sa famille quittant Versailles pour ne plus jamais y revenir. Ce palais avait été conçu pour édifier l’image du roi. Après 107 ans, ce « temple du dieu sur terre » est honni. Il est pillé, les plus beaux meubles son vendus aux enchères, le plus souvent achetés par des étrangers et se trouvent en partie aujourd’hui dans le Palais de Buckingham ou au château de Windsor en Angleterre. Les révolutionnaires ont même pensé à le raser tout simplement. Heureusement, au fil des monarchies, empires et républiques qui caractérisent l’histoire du XVIIe siècle de la France, le palais survivra jusqu’à nos jours, au bénéfice des gens du monde entier qui affluent chaque année pour visiter cette splendeur du XVIIe siècle.
Louis XVI guillotiné

En conclusion, La Légende de Versailles nous offre trois magnifiques pages d’histoires qui font encore rêver de grands cinéastes comme Ernst Lubitsch (Madame DuBarry, 1919), Gérard Corbiau (Le Roi Danse, 2000) ou Benoît Jacquot (Les Adieux à la Reine, 2012). Cette série parvient autant à nous divertir qu’à nous informer, apportant un regard lucide sur ce lieu qui a été construit pour la gloire d’un roi et abandonné dans la déchéance d’un autre.

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