The Client List; entre le « politically correct », la supposée subversion et la nudité à l’écran

Cette série est présentée aux États-Unis sur la chaîne Lifetime depuis avril 2012, au Canada sur la même chaîne depuis septembre et sera éventuellement présentée en France sur les ondes de TF1. Dans les bandes-annonces, on nous la décrit comme étant subversive, « sexy » et provocatrice. C’est sans compter le fameux « fondu au noir » qui se produit chaque fois qu’un de ces trois éléments de promotion est sur le point d’arriver.

Je m’explique. Dans la série, nous suivons le personnage principal (Riley) qui élève deux enfants avec son mari Kyle au Texas. Au beau milieu du premier épisode, celui-ci disparaît. Il a pris ses valises, ses vêtements et nous n’en savons pas plus sur les raisons de son départ, sinon que la famille était lourdement endettée, ce qui met l’épouse dans une situation critique. Riley tombe par hasard sur une amie d’enfance qui mène grand train alors qu’elle travaille dans un spa. Sa compagnie décide d’employer Riley et quelle n’est pas sa surprise lorsque qu’elle découvre en pleine séance de massage que le client en demande davantage… En fait, la plupart de ceux-ci viennent pour obtenir des faveurs sexuelles. Au départ, cette mère de famille refuse d’aller aussi loin, mais devant les généreux pourboires et étant donné l’endettement général auquel elle fait face, elle consent à satisfaire ses clients jusqu’au bout.

Comme dans la plupart des séries dans le monde, les intrigues tournent autour du milieu de travail. L’énumération serait bien trop longue, mais pensons à l’univers de la mode dans Ugly Betty, celui de la loi et l’ordre dans les NCIS, Republic of Doyle, CSI Investigation ou encore le milieu des hôpitaux dans Grey’s Anatomy et House. Dans The Client List, nous suivons davantage les commérages et crêpages de chignon entre les masseuses et la vie difficile de mère célibataire qu’a à mener Riley. En fait, cette double vie si « honteuse » (personne parmi ses proches n’est au courant) demeure une trame secondaire dans la série.

Ici, je ne puis m’empêcher de faire un lien évident avec la série Hung (Le Réjouisseur), diffusée sur Artv au Canada. Nous y suivons Ray, un professeur divorcé et sans le sou qui pour subvenir à ses besoins, décide de se prostituer. Il faut dire qu’il a un atout de taille… d’où le nom de la série ! Dans la plupart des cas, ses clientes recherchent le plaisir sexuel, ont des fétiches très précis et l’utilisent la plupart du temps comme un objet. La série se révèle ludique justement parce qu’il s’agit d’un homme*. Or, le traitement ne peut être le même lorsqu’il s’agit d’une femme se retrouvant dans la même position. Dans The Client List, on se rend compte qu’au-delà du plaisir sexuel que Riley procure à ses clients (nous le supposons seulement puisque tout plan ou scène à saveur grivoise est évacué de l’écran; lorsqu’elle survient nous retrouvons ce fameux fondu au noir mentionné à l’introduction), ceux-ci veulent davantage se confier et parler de leurs problèmes conjugaux. Riley devient en quelque sorte une psychologue pour ses clients et va même jusqu’à confronter lesdites épouses (ce qui est peu crédible) dans quelques cas et le tout s’arrange; elle a réuni le ménage à nouveau.

En somme, les deux séries jouent sur les antagonismes. La société étant ce qu’elle est, on imagine que les hommes qui ont recours aux services de prostituées le font pour assouvir leur libido alors que les femmes le feraient davantage pour le contact de l’autre ne serait-ce qu’un moment. Ces deux séries renversent les genres traditionnels. L’effet de surprise fonctionne dans Hung parce que le thème du prostitué mâle a été très peu exploité au petit écran. Toutefois, dans The Client List, ce même thème du côté féminin est déconcertant puisqu’il demeure tabou, ce qui étonne vu que les deux séries exploitent le même sujet.

À l’inverse de cette logique, il y a beaucoup de nudité féminine du côté des clientes dans Hung alors que dans The Client List, seul le torse des clients est filmé. Dans un article intéressant en ligne du site theweek.com, on apprend que la Motion Picture Association of Americe (MPAA, l’équivalent de la Régie du cinéma du Québec) émet le commentaire préventif « nudité » lorsqu’une femme est nue à l’écran, alors qu’on y ajoute le commentaire « nudité masculine » lorsqu’il s’agit d’un homme. En réponse à cet article, Jacob Hall, auteur du blogue « Cinematical » écrit : « « Women are people, too. » If you’re going to « warn timid parents that their impressionable children will soon see what a man looks like with his pants off, » then you’d better do the same when a female character disrobes. »

En conclusion, la pudique Amérique en est encore au stade du deux poids deux mesures. Le fait qu’un homme se « rabaisse » de la sorte dans Hung est exploité avec humour et une certaine complaisance. On ne peut arriver à un tel résultat dans The Client List où la promotion autour de la série et le supposé thème principal ne pourraient être plus trompeurs (voir la bande-annonce ci-bas). L’univers entourant les massages érotiques passe au moins au troisième rang, ce qui au bout du compte sa traduit par une série assez fade, sans audace, parfois mièvre, mais surtout pas subversive.
* Selon IMDB.com, Hung est qualifié de comédie / drame alors que The Client’s List est purement un drame.

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