Boardwalk Empire: l’ode à la violence, au sexe et aux années folles

Bien que la série en soit à sa troisième saison sur les ondes de HBO, nous avons finalement eu droit à la première saison en version française au Québec sur les ondes de Historia. Basée sur le roman de Nelson JohnsonBoardwalk Empire: The Birth, High Times and Corruption of Atlantic City), le premier épisode a été réalisé par nulle autre que Martin Scorsese. L’action se déroule à Atlantique City alors que la prohibition est votée par le Congrès américain en 1919, à la suite de la pression de groupes de femmes. On y suit les aventures de Jimmy Darmody, un contrebandier et de Nucky Thompson, le trésorier de la ville qui, suite à son approbation à la nouvelle loi, est à la tête d’un important réseau de contrebandiers dans tout le territoire. Bien que nous nous trouvions à un moment précis de l’histoire des États-Unis, tous les personnages principaux relèvent de la fiction à l’exception de certains gangsters comme Al Capone, Lucky Luciano ou encore Johnny Torio.

Avec beaucoup de budget, on a complètement recréé une ambiance des années 20. Les décors et costumes sont somptueux alors que les débuts du jazz nous enivrent. Mis à part quelques protagonistes peu fortunés, nous nous trouvons dans l’univers des contrebandiers où l’alcool coule à flots et où une vie humaine coûte bien peu dans la balance lorsqu’il est question d’argent. Il est fascinant de constater comment ces gangsters opèrent, défiant toutes les lois grâce à un corps policier complaisant. C’est sans compter l’immense hypocrisie, à la fois de la population en général qui continue à consommer de l’alcool, mais surtout de la classe politique à laquelle Nucky Thompson appartient. D’un côté, il s’allie les groupes de femmes qui cherchent à éradiquer le fléau et la classe la plus démunie de la société, de l’autre, ce n’est que pots-de-vin et transactions douteuses. Il y a même des enveloppes brunes…

Ce qu’il y a d’intéressant dans cette série, c’est qu’on peut se permettre de défier plusieurs tabous au nom de l’histoire. Dans la plupart des séries dont l’action se déroule à notre époque, les hommes et femmes occupent les mêmes emplois et ont un statut social équivalent. La cigarette se fait toujours plus discrète et la violence se trouve le plus souvent confinée à des séries policières comme Criminal Minds, The Shield ou Dexter. Au contraire, Boardwalk Empire tout comme Mad Men jusqu’à un certain point, servent d’excuse pour sortir de la conformité. Il n’y a pas un plan sans qu’un homme ou une femme aient une cigarette ou un verre à la main. Mais c’est surtout l’inégalité entre les sexes et la violence continuelle qui caractérisent cette série.

Le sexe : Dans Boardwalk, les femmes sont traitées comme des citoyennes de seconde zone. Elles le sont dans les faits puisque juridiquement, il faut attendre 1920 pour qu’elles obtiennent le droit de vote dans tous les états du pays après un amendement à la constitution. Elles sont par-dessus tout traitées comme des objets sexuels. La première maîtresse de Nucky, Lucy, est une cervelle d’oiseau doublé d’une bête de sexe. On ne compte plus les plans où on la voit nue, que ce soit au lit avec son amant ou plus tard, avec l’agent Nelson. La deuxième maîtresse de Nucky est Margaret. Profondément religieuse, elle était auparavant mariée avec un homme qui la battait; à un tel point qu’elle en fit une fausse couche. Devenue veuve et sans le sou, c’est Nucky qui la prend en charge. Il la dote d’un luxueux appartement pour elle et ses enfants. Bien que l’argent ou le prestige l’indiffèrent, elle se laisse toutefois entretenir. Elle accepte de jouer un rôle politique dans la campagne électorale de son amant, bien qu’à contrecœur. Sinon, à un moment, Jimmy doit quitter la ville et se retrouve à Chicago. Il réside dans un bordel et s’amourache d’une prostituée. Lorsque des gangsters le retrouvent, ils décident de le punir en dévisageant sa maîtresse, laquelle ayant perdu tous ses charmes se suicide.

La violence : La contrebande est un terreau fertile aux règlements de compte en tous genres. Comme je l’ai dit précédemment, la vie de ceux qui se mettent en travers de la lucrative industrie ne tient qu’à un fil. On ne compte plus les assassinats exécutés de sang-froid (à ce sujet, une compilation de ces scènes se trouve au bas de cet article.. ÂMES SENSIBLES, S’ABSTENIR). Balles dans la tête, tueries, noyade, égorgement avec une lame de rasoir, pendaison d’un noir, torture allant jusqu’à couper un doigt; le tout filmé de façon très explicite. Alors que Jimmy se trouve dans une clinique de vétérans (il a participé à la Première Guerre mondiale), il fait la rencontre de Richard, un tueur d’élite qui a été défiguré sur un champ de bataille. La caméra prend un malin plaisir à nous montrer la moitié de son visage brûlé et sans œil tout comme on a filmé à coups de gros plans le visage de la prostituée défigurée mentionnée plus haut.

Des situations comme celles-ci pourraient difficilement être transposées dans une histoire contemporaine. L’argument « c’était comme ça à l’époque » met fin à toute critique. Plaisir coupable ? Nostalgie ? N’empêche, les séries dites « historiques » dont je suis particulièrement friand ne cessent de se multiplier et de remportent un grand succès : The Tudors, Petits meurtres en famille, The Borgias, Downtown Abbey, et j’en passe. Bien que Boardwalk Empire soit une série de grande qualité, ne serait-ce que pour son aspect visuel, il reste que l’on valorise un peu trop les scènes de violence et qu’en exagèrant les stéréotypes entre les hommes et les femmes, « au nom de l’histoire », on en vient à nier toute individualité féminine.

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