Atlantis (2013) : libre adaptation de la mythologie

Atlantis est une nouvelle série de neuf épisodes qui a été diffusée sur les ondes de BBC One en Angleterre et sur Space au Canada à la mi-octobre. Depuis le 23 novembre, on peut aussi la regarder sur BBC America. Jason (Jack Donnelly) est un jeune océanographe à la recherche de son père qui a disparu lors d’une mission dans les mers. Il s’embarque à bord d’un sous-marin et sans qu’on sache trop ce qui se passe, un tourbillon le transporte dans l’Antiquité sur l’île d’Atlantis gouvernée par le roi Minos (Alexander Siddig). Avec le temps, il se lie d’amitié avec le mathématicien Pythagore (Robert Emms) et le coloré Hercule (Mark Addy). Ensemble, ils vivront des aventures tirées de la mythologie grecque, affrontant plusieurs dangers, la plupart de l’ordre surnaturel. Créée par Johnny Caps, Julian Murphy (tous deux à l’origine de Merlin (2008-2012)) et Howard Overman (Misfits (2009- )), cette série fantastique vaut le coup d’oeil. On aime surtout la mise en scène, très convaincante, et les personnages principaux. Comme il s’agit d’une série familiale, le ton reste quelque peu enfantin et on en a malheureusement atténué l’aspect horrifique et décadent, caractéristique des mythes.

Recréation de l’Antiquité

Dès son arrivée à Atlantis, Jason s’attire les foudres de la garde royale pour avoir tabassé une espèce de petit dinosaure à deux têtes. C’est en fuyant leurs sabres qu’il trouve refuge par hasard chez le jeune mathématicien Pythagore, un nerd avant l’heure. Ce dernier accepte de l’héberger, ce qui ne plait pas beaucoup à son colocataire Hercule. Homme dans la quarantaine avancée, il est surtout amateur de femmes, de vin et de petits larcins qui ne demandent pas beaucoup d’effort. Ancien héros, il a plus de muscles que de neurones, et s’il se montre quelques fois égocentrique, il finit toujours par voler au secours de ses amis. La chimie autour de ce trio opère, particulièrement lorsqu’ils sont confrontés à des situations dangereuses. Dans le premier épisode, ils ont le malheur de faire partie d’un groupe de citoyens de la ville qui a été désigné pour être sacrifié au sanguinaire Minotaure qui vit dans un labyrinthe d’où personne n’est jamais sorti vivant. Sachant très bien manier l’épée, Jason parviendra non seulement à  tuer la bête, mais à sortir de l’endroit grâce à un fil que lui a donné Ariane, la fille du roi Minos. Dans le deuxième épisode, les protagonistes doivent confronter les redoutables Ménades qui vivent dans la forêt de Nysa. Il s’agit de sorcières au service de Dyonisos (le dieu du vin) qui ont enlevé Méduse, une jeune fille d’Atlantis. Enfin, dans le troisième épisode, ils doivent dompter un des taureaux les plus redoutables de la cité s’ils veulent garder leur vie sauve.

Atlantis épate surtout pour sa mise en scène. La recréation de l’île du même nom (qui relève plus du mythe que de la réalité) à l’époque de l’Antiquité est très convaincante, qu’il s’agisse de la cité, du palais de Minos ou encore des divers temples dédiés aux divinités. Les effets spéciaux à l’origine des différents monstres que les héros rencontrent sur leur passage sont aussi très impressionnants. Enfin, mention honorable à la trame sonore digne des plus grands péplums.

Cet univers qui balance entre le réel et le fantastique n’est pas sans rappeler la série Sinbad (Sky1, 2008). Le héros est séduisant, athlétique, courageux et sa quête est empreinte de mystères. Dans Atlantis, Jason consulte un oracle qui lui prédit qu’il accomplira de grandes choses, mais qui omet de lui mentionner les aspects les plus sombres de sa destinée. Dans le même ordre dans Sinbad, le protagoniste était empreint d’une malédiction qui le condamnait a errer sur les mers. Mais ce qui rapproche le plus ces deux séries est le ton qu’elles adoptent. Désirant plaire à un public de tous âges, on est quelques fois confronté à des scénarios un peu trop simplistes. Par exemple, Jason quitte le XXIe siècle pour se retrouver plus de mille ans en arrière. Jamais cependant il ne semble s’étonner de telle coutume ou éprouver un choc quelconque de cette subite transition; un peu comme s’il n’avait que changé de ville. Une bonne partie de l’humour caractérisant Sleepy Hollow (Fox (2013- )), dans laquelle un soldat du XVIIIe siècle se retrouvait à notre ère, était qu’il remettait sans cesse en question l’ordre des choses, avec une naïveté qui faisait sourire. Dans Atlantis, on fait tout simplement fi de cette transition d’une époque à l’autre et on s’assure surtout de nous offrir un divertissement ou on ne se cassera pas la tête. Pierre Sérisier dans son analyse abonde dans le même sens : « Les quatre premiers épisodes sont suffisamment bien construits pour se regarder sans effort. C’est plaisant sans être passionnant. Sage sans être ennuyeux à petites doses. »

Thésée ou Jason?

Dans Atlantis, on est surtout surpris de la tournure que prend parfois le scénario. C’est qu’on s’inspire des fables issues de la mythologie grecque plutôt que de les recréer et on se demande si c’est délibéré. On parle de Poséidon (le dieu de la mer), de Méduse, du Minotaure, des Ménades et d’Ariane, mais leur rôle est différent dans la série. Dans son article, Sam Wollatson résume bien la problématique : « Picked a hero from this story, then dropped him into that one, but in the wrong city, with a real historical person. Also with some time travel, and a link to the present …»

Ainsi, dans la mythologie, Jason est connu pour sa quête de la toison d’or. Dans Atlantis, il réalise plutôt les exploits que l’on attribue à Thésée. Ce dernier était le fils d’Égée, le roi d’Athènes et demi-frère d’Hercule. Il se rendait sur l’île de Crète afin de tuer le Minotaure, lequel exigeait tous les neuf ans de manger 14 des plus belles gens de la cité. Grâce au fil donné par Ariane, il ne se perd pas dans le labyrinthe qui abrite la bête et sort de sa mission indemne. Seulement, avant son départ, il avait dit à son père que si le bateau revenant de la mission arborait une voile noire, c’est qu’il aurait échoué (le Minotaure l’aurait donc tué) et que si elle était blanche, il aurait réussi. Entre-temps, il est devenu amoureux fou d’Ariane et il a oublié de mettre une voile blanche. À la vue de l’autre couleur de la voile, Égée, désespéré, se précipite dans la mer qui l’engloutit. Depuis, elle s’appelle la mer Égée.

À la lumière de ces informations, est-ce pour que le spectateur ne connaissent pas tous les rebondissements qu’on a décidé de mélanger les contes? Pourtant, dans les séries historiques, on n’hésite pas à mettre en scène des personnages célèbres dont on connaît déjà la destinée, ce qui n’a pas pour autant un effet négatif les cotes d’écoute. Ce choix est donc étrange, mais il s’agit avant tout de divertissement et les histoires issues de la mythologie grecque ne sont pas coulées dans le béton.

C’est dans la mise en scène que réside l’intérêt premier d’Atlantis qui a aussi l’avantage, par son contenu exempt de sexualité ou de violence inutile, de plaire à des gens de tous âges.  La série a attiré presque 6 millions de téléspectateurs lors du premier épisode et à la fin octobre, elle a été renouvelée pour une seconde saison. Mission accomplie : veni, vidi vici!


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